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PROTESTATION

porté les armes pour Sa Majesté. Et, puisque le roi les a tant voulu favoriser que de leur pardonner tout, n'est-il pas raisonnable qu'elle soit égale pour nous ? et toutefois elle est tout au contraire; ce qu'ils ont fait contre nous est approuvé, et ce que nous avons fait, blâmé et trouvé mauvais, voire mis en justice. Donc, conseiller au roi de faire une loi pour les uns et non pour les autres, je dis et dirai toute ma vie que c'est la plus injuste loi qui fût jamais conseillée à prince du monde.

A Toulouse tout ceci fut disputé, et furent révoqués les commissaires et commissions, ordonnances et édits; et pardonna Sa Majesté à tous généralement, connaissant bien que ces commissaires n'amèneraient qu'une ruine des uns et des autres, pour y entretenir une haine perpétuelle, qui serait cause de nous envahir et nous défier toujours les uns des autres, et de là procéderait nouvelle guerre. Le roi s'en est bien trouvé, car la paix a duré cinq ans; je ne sais à qui me prendre de ceux qui sont en cause qu'elle s'est recommencée, car je ne sais pas qui il est; je sais que je n'en suis pas cause. A qui demandera-t-on justice des maisons de M. de Sarlabous, de M. de Saincthorent, des capitaines Parron, Campanes,Lartigue, et une infinité d'autres? Tout a été brûlé, et leurs femmes, étant eux au service du roi, se sont retirées par les maisons de leurs parents : encore aujourd'hui elles et leurs maris ne savent où mettre leurs têtes sous couverture qui soit à eux ;

292 COMMENTAIRES DE MONTLUG

et quand on en demande raison, ils disent que ce sont des bélîtres qui n'ont rien : ils disent vrai, car les riches ne sont bougés de leurs maisons, et les ont gardées ; et néanmoins il faut faire justice contre les nôtres et non contre les leurs, vu que les bélîtres qui n'ont rien ont fait cela. Mais si le roi eût approuvé ce que nous avions fait, une autre fois ceux qui demeureraient de leur religion garderaient que les leurs ne pourraient rien faire aux nôtres. Mais je retourne à mes moutons.

Je dépêchai un autre courrier vers M. de Leberon à la compagnie de M. de Gramont, qu'ils tournassent en arrière en aussi grande diligence comme ils étaient allés, à tout le moins s'ils se voulaient trouver au combat. Ce courrier trouva qu'une heure devant jour ils étaient partis, pensant encore trouver les ennemis; et comme ils ne les trouvèrent, pour les raisons que j'ai ci-dessus dites, ils brûlèrent les bateaux sur quoi ils passaient la rivière, portant grand dommage au p-ys. Ayant reçu mes lettres, ils tournèrent tout court, et firent encore plus grande diligence qu'à aller, car ils arrivèrent devant Sainte-Foy aussitôt que nous : et si les compagnies de M. de Savignac eussent fait la moitié de la diligence que ceux-là firent, nous eussions attrapé le capitaine Pilles, et ne s'en fût échappé un seul. M. de Chemeraut vit toutes les dépêches que je fis. Je fus avec les cinq compagnies qui étaient demeurées avec le chevalier mon fils, et ma compagnie et quelque qua-

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