‹ CommentairesChapitre 110 sur 126 · MARCHES FORCÉES · texte numérisé non relu

MARCHES FORCÉES

rante ou cinquante gentilshommes qui suivaient ma cornette, en deux jours à Monflanquîn ; et là j'eus réponses de MM. de Terride et de Bellegarde écritos à Moissac, là où ils m'avertissaient de la difficulté qu'ils avaient trouvée à passer les rivières, et les mauvais chemins que les gens de pied trouvaient; qu'ils ne pouvaient abandonner les gens de pied, et d'autre part, que je ne me devais engager en un combat que nous n'eussions les forces de gens de pied et de cheval ensemble, mais qu'ils feraient la plus grande diligence qu'il serait possible. Et tout incontinent que je fus arrivé à Monflanquîn, qui pouvait être deux heures après midi, je fis trois dépêches, Tune à M. de Lauzun, le priant de me mander nuit et jour où se trouverait M. de Pilles et ses forces, car je le voulais aller attaquer; j'en écrivis une autre à M. de Saincthorent, qu'il se rendît à moi au soleil levant en un village nommé Monbahus, qui est à M. de Lauzun, et de même dépêchai le sieur de Las, avocat du roi à Agen, pour faire hâter MM. de Bellegarde et de Terride, lesquels se trouvaient encore trois lieues en arrière, et ne surent faire partir leurs gens de pied que ne fût le point du jour. Et comme ils furent à Villeneuve, qui était plus d'une heure après midi, il ne fut possible les faire passer outre, à cause des grandes boues qu'il y avait, y ayant quelque raison : toutefois je ne prenais rien en payement, car il me semblait que tout le monde devait cheminer comme ma volonté. Après toutes

294 COMMENTAIRES DE MONTLUG

ces dépêches ce matin, ayant fait repaître nos chevaux et les cinq enseignes, je m'acheminai droit au village où j'avais assigné M. de Sainethorent, et trouvai en quatre ou cinq maisons logés M. de Fontenilles et le capitaine Môntluc mon fils, et leur dis de faire bien repaître leurs chevaux, car la nuit ils avaient fait une grande traite pour m'atteindre, et que je m'en allais repaître au village susnommé : j'y pensais trouver M. de Sainethorent, et qu'après ils me suivissent. Je commandai à M. de Madaillan, qui était mon lieutenant, qu'il fît descendre ma compagnie, et qu'ils repussent les uns parmi les autres, et après qu'ils me vinssent trouver au village où je m'acheminai. Et comme je fus là, je ne trouvai aucunes nouvelles de M. de Sainethorent ni de M, deLauzun, car les messagers que je leur avais envoyés, lesquels les consuls de Monflanquin m'avaient baillés pour les plus sûrs hommes qu'ils eussent, n'allèrent point porter les lettres la nuit comme ils avaient promis ; de sorte qu'il fut plus de midi avant que lesdits sieurs de Sainethorent et de Lauzun eussent mes lettres, comme ils me dirent depuis. Et comme nous fûmes descendus pensant repaître, nous eûmes une alarme qui venait devers Miremont, et remontâmes à cheval, en allant un grand quart de lieue sur le chemin de Miremont d'où venait l'alarme, et me trouvai avoir tait une grande folie de m'être tant avancé, car je n'avais que quarante-cinq gentilshommes avec moi, et les gens de pied qui n'étaient

Page 1