Fais-moi devin, et je te donnerai de l'argent
MM. de Fontenilles, de Madaillan, et le capitaine Montluc se mirent devant, et le chevalier avec ses dix compagnies droit à la ville ; M. de Terride, avec sa compagnie et celle de M. de Negrepelisse, les soutenaient. M. de Bellegarde et M. de Saincthorent, et moi, soutenions M. de Terride. Et là nous arriva la compagnie de M. de Gramont, et M. de Leberon avec les cinq enseignes ; je crois que le meilleur courtaud de toutes nos troupes n'eût su faire plus grande diligence qu'ils firent, car ils ne demeurèrent que deux jours à venir depuis Villefranche de Rouergue jusque devant Sainte-Foy. M. de Lauzun et le vicomte son fils s'étaient rendus à nous le matin avec quelques gentilshommes, car je pense que leurs compagnies étaient au camp, et nous assurèrent, père et fils, que M. de Pilles avait dixhuit cents chevaux, là où il y en avait trois ou quatre cents bien montés et bien en ordre : le reste étaient arquebusiers à cheval mal montés. Le chevalier descendit de cheval, et prit cent arquebusiers, et se mit devant droit à la ville : le reste le suivait, et MM. de Fontenilles, de Madaillan, et le capitaine Montluc après. Et comme il fut auprès de la ville, sortirent quinze ou vingt arquebusiers, qui commencèrent d'attaquer l'escarmouche ; le chevalier poussa outre, et ceux-ci se renfermèrent dans la ville. M, de Pilles avait passé ses gens toute la nuit la Dordogne avec grand désordre, et lui était passé au soleil levant, et avait laissé ces quinze ou vingt arquebusiers dans la ville pour nous amuser,
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et un grand bateau et un autre pçtit pour passer la rivière ; car aussi il n'en y avait que ceux-là. Et comme ils furent rentrés, ils coururent aux bateaux, et passèrent à point nommé. Us débarquaient à l'heure que le chevalier arriva sur le bord de la rivière, étant passé tout au long de la ville sans trouver personne que les femmes. Et voilà comme à la vérité le tout passa. J'ai été contraint écrire cette faction 1 par le menu et au long, qui ennuiera peut-être le lecteur, parce qu'on m'a dit qu'aucuns avaient fait rapport au roi, à la reine et à Monsieur, qu'il n'avait tenu qu'à moi que je n'avais combattu Pilles : et qui lira cette faction, il trouvera la vérité comme tout s'est passé, au témoignage de tous les capitaines qui y étaient, dont il n'y en a que deux de morts, qui sont MM. de Terride et de Bellegarde ; et par là on verra s'il a tenu à moi; je n'en veux donner tort à personne, sinon aux mauvais chemins que les compagnies de M. de Savignac trouvèrent ; car, quant auxdits sieurs de Terride et de Bellegarde, ils se gouvernèrent plus par la raison de la guerre que non par faute de bonne volonté de se trouver au combat. M. de Ghemeraut, qui m'avait porté les lettres de Monsieur, participa à toutes mes dépêches, car il voulait être de la partie, et me pria de lui faire prêter armes et chevaux, ce que je fis, et ne m'abandonna
1. Faction doit toujours être pris dans le sens d'action, défait de guerre.
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de quinze jours : je m'assure qu'il portera toujours témoignage que ce que j'écris de cette faction est véritable, et qu'il était aussi aise de s'y trouver que homme de la troupe, et en pensait porter à Monsieur de meilleures nouvelles qu'il ne fit. Ceux qui savent ce que c'est que la guerre ont souvent expérimenté combien il est difficile de combattre un homme qui n'en veut point manger, surtout quand c'est un soldat ou un capitaine rusé comme était le sieur de Pilies : je crois que c'était l'un des meilleurs que les huguenots eussent. Il savait bien qu'avec nous il ne gagnerait que des coups ; voilà pourquoi il ne séjournait guère en ce pays.
Deux jours après que nous fûmes dans Sainte-Foy, M. de Terride reçut le pouvoir que le roi lui envoyait pour aller en Béarn, et se départit de moi : il était fort aise de cette charge, et moi aussi pour l'amour de lui. Je pensais que tout allât mieux. M. de Bellegarde me laissa aussi, et amena avec lui sa compagnie tt les dix enseignes de M. de Savignac ; M. de Terride en amena la sienne et celle de M. de Negrepelisse : nous demeurâmes M. de Saincthorent et moi. Le chevalier mon fils s'en alla avec ses dix enseignes droit en Limousin pour se joindre au camp de Monsieur. Cinq jours après, Monsieur gagna la bataille h Jarnac, où M. le prince de Gondé fut tué. Plusieurs pensent que sa mort a allongé nos guerres : mais je crois que, s'il eût vécu, nous eussions vu nos affaires en pire état, car un prince du sang comme celui-là, ayant