MORT DU PRINCE DE CONDE
déjà ce grand parti des huguenots, eût eu beaucoup plus de créance que M. l'amiral n'en eut. Ce pauvre prince aimait sa patrie, et avait pitié du peuple ; je l'ai anciennement fort pratiqué, ce qui faillit être cause de ma ruine ; je l'ai connu toujours fort débonnaire : la jalousie de la grandeur d'autrui l'a perdu, et elle en a bien perdu d'autres : cependant il est mort au combat, soutenant une mauvaise querelle devant Dieu et les hommes ; c'était dommage, car s'il eût été employé ailleurs, il pouvait servir à la France.
La malheureuse paix qu'on fit faire au roi Henri a causé tous les malheurs que nous avons vus ; car avoir tant de princes du sang royal et autres princes étrangers, et les tenir sans avoir quelque guerre étrangère, c'est un mauvais conseil : il faut penser à débattre les autres ou s'entrebattre soi-même. Si on pouvait toujours vivre en paix, cela serait bon, et que chacun fît son labourage comme faisaient les Romains en paix ; mais cela ne se peut faire.
Ainsi, Sire, je dis et soutiens que c'est un mauvais conseil de penser faire la paix, si par même moyen vous ne songez à commencer une guerre étrangère. Il ne faut pas renouveler les guerres de la Terre Sainte, car nous ne sommes pas si dévotieux que les bonnes gens du temps passé ; il vaudrait mieux s'exercer comme fait le roi d'Espagne aux nouveaux mondes, et séparer ainsi ces princes, envoyant les plus jeunes à l'école de Malte ;
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car si ceux-là ne brouillent, rien ne bougera. Que si vous voulez guerroyer vos voisins, renouvelez la querelle du duché de Milan, qui vous appartient de droite ligne ; car il ne se trouvera point par écritures que ceux de la race du roi d'Espagne aient appartenu à ceux de Miian, comme vous faites par les femmes ; le roi d'Espagne ne le tient qu'à titre de force. Vous trouverez aussi qu'un duc d'Anjou, étant extrait de la maison de France et de la propre lignée d'où vous êtes, était roi de Naples, lequel le roi d'Espagne tient aussi. Le roi votre aïeul n'a jamais voulu quitter ce droit, et se saisit des terres de M. de Savoie, encore qu'il fût son oncle, pour avoir passage assuré pour entrer dans le duché de Milan. Le roi votre père ne prit en protection le duc de Parme et les Siennois, que pour avoir le chemin pour reconquérir Naples. Vous êtes extrait de ces grands princes magnanimes, vous avez leurs droits. Si Dieu vous donne la paix, vous lui pouvez envoyer la tempête : vous en aurez meilleur marché que vous ne pensez, car le roi d'Espagne est plus adonné aux négociations qu'aux armes : il ne ressemble pas à son père ; dans cinq ou six ans il sera vieux, et vous en la fleur de votre âge ; il laissera des enfants petits ; et puisque le père n'a été valeureux en sa jeunesse, il ne faut pas espérer qu'il le soit en sa vieillesse. Que si vous vous savez aider des princes d'Italie, vous les trouverez à votre dévotion, même le duc de Florence, pour les raisons que je pourrais bien