‹ CommentairesChapitre 119 sur 126 · MONTLUG RENVOYÉ EN GUYENNE · texte numérisé non relu

MONTLUG RENVOYÉ EN GUYENNE

lui, sinon quelques arquebusiers à cheval. Et comme il fut à demi-lieue près du passage, ceux qu'il avait envoyés devant reconnaître rapportèrent que déjà était passé un grand nombre de gens de cheval, et que les gens de pied commençaient à passer; et étant si mal accompagné, ledit sieur de Montferrand fut contraint de se retirer : d'autre part, le peuple s'enfuyait tout devers Bordeaux. Ledit sieur de Montferrand dépêcha encore un autre courrier devers Monsieur, lui donnant les choses pour certaines ; ce qui fut cause que Monsieur m'y renvoya à mon grand malheur, car depuis je n'eus que fâcherie et ennui ; et si je n'eusse bougé d'auprès de Monsieur, tout ce qui m'est advenu ne me fût arrivé, car ou bien je serais mort en lui faisant quelque bon service, ou bien je ne serais pas blessé comme je suis, pour n'en guérir jamais et vivre en extrême langueur. Tout ce malheur pour le dé faut de vingt-cinq bons chevaux : que si M. de Montferrand les eût eus avec lui, lui-même les eût reconnus, n'ayant pas faute de hardiesse, et eût trouvé que ce n'était que soixante ou quatre-vingts Béarnais et quelques autres des terres de la reine de Navarre, qui allaient en Béarn pour aller aider à défendre le pays, dont la moitié furent défaits par les chemins vers le Mont de Marsan. Monsieur se ressouviendra, s'il lui plaît, qu'étant à son chevet de lit, je lui dis que sur ma vie et mon honneur il était impossible que cet avertissement fût du tout véritable, car je savais le pays, et que ce pouvait

être quelque petite troupe de gens pour Béarn ou Chalosse, car une grande troupe ne saurait passer ni s'oserait hasarder, car il faut qu'ils passent à la file. Mondit sieur me dit lors ces mêmes mots : « Je vois bien, mon bon homme, que l'envie que vous avez d'être près de moi vous fait dire cela ; croyez que, quelque part où vous serez, je vous aimerai : peut-être le droit de la guerre me tirera en Guyenne ; je. voudrais faire mon apprentissage en une si bonne école que la vôtre. » Je pris congé de Son Excellence. Voilà comment il importe fort de reconnaître l'ennemi avant que de prendre l'alarme.

Capitaines mes amis, il faut plutôt vous hasarder d'être pris et savoir le vrai, que non pas vous fonder sur le rapport des vilains. Ils ont la peur si avant dans le ventre, qu'il leur semble que tous les buissons sont des escadrons ; ils l'assurent, et cependant fiez-vous là : c'est comme quand ils voient cent écus, il leur semble avis qu'il y en a mille. Envoyez toujours quelques soldats sans peur, et que plutôt ils se hasardent; et si vous voulez faire mieux, allez-y vous-même. Ainsi ai-je toujours fait, et m'en suis bien trouvé. Or, comme je fus à Sainte-Foy, je fus averti de la vérité, et en donnai avis à mondit sieur de Montferrand : et parce que rien ne se présentait pour lors, je me tenais toujours à Sainte-Foy pour être près de mondit sieur, afin que, quand il me manderait, je fusse en deux ou trois journées à lui. A ce que j'ai

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