ENTREPRISE DE LA ROCHE CHALAIS
su depuis, un des principaux qui était près de Son Excellence lui dit qu'il avait bien fait de se dépêtrer de moi; que j'étais fâcheux, et que je voulais toujours commander en quelque part que je fusse : Monsieur même m'en fit le conte au siège de La Rochelle. Je n'ai jamais été si opiniâtre que je ne me sois payé de raison; il faut dire pour la vérité que je me suis toujours mieux trouvé de mon conseil que des autres. Il est raisonnable que ces messieurs qui n'ont bonne mine qu'à courir la bague, apprennent de ceux qui ont étudié sous les plus grands docteurs de l'Europe; mais c'est leur coutume, ils ne veulent que personne les contrôle, et veulent tout gouverner.
Or, ne faisant rien à Sainte-Foy, je vins jusqu'à Agen, où M. de Montferrand me manda que le sieur de La Roche Ghalais et le capitaine Ghanteyrac étaient dans La Roche avec cent ou cent vingt soldats huguenots, qui couraient tout le pays faisant mille maux, de sorte qu'il ne pouvait venir personne de Saintonge à Bordeaux; et que si je voulais aller à La Roche, nous serions assez de gens pour faire l'entreprise, et que M. de La Vauguyon était aux environs de Monpont et Mucidan avec le régiment de M. de Sarlabous et trois compagnies de gens d'armes ; que si je lui mandais, qu'il serait volontiers de la partie. Et tout incontinent je m'acheminai à Bordeaux, et secrètement j'avertis M. de La Vauguyon par un gentilhomme. Tout incontinent il me répondit qu'il serait volontiers
de la partie, et que je lui mandasse le jour qu'il voudrait que je marchasse, et le rendez -vous. Je l'envoyai prier de se rendre à Libourne trois jours après, qui était un samedi matin, et que M. de Montferrand et moi nous nous y rendrions pour arrêter ce que nous avions à faire: ce qu'il fit, et moi aussi. Ledit sieur de Montferrand demeura pour aider à l'artillerie, car il la fallait amener par eau jusqu'à Goutras. Nous étions en dispute, car M. de La Noue était auprès de Sainte-Aulaire, appartenant à M. de Jarnac, et était entre les deux rivières avec douze enseignes de gens de pied et quatre ou cinq cents chevaux; et étant soldat et vaillant homme comme il est sage, s'il y a capitaine en France, il ne laisserait jamais perdre La Roche sans la secourir, et qu'il n'avait à passer que la rivière de Sainte-Aulaire, laquelle en plusieurs lieux se passait à gué par les gens de cheval, et que les gens de pied auraient passée en quatre heures : et quant à la rivière qui passe dessous La Roche, ils tenaient le pont de Parcou, la ville et tout, où ils avaient garnison; et qu'il nous fallait résoudre de l'un et de l'autre, ou n'y aller point. A la fin, nous conclûmes d'attaquer La Roche, et combattre M. de La Noue s'il venait pour la secourir, et jurâmes, tous ceux qui étions au conseil, de ne découvrir notre délibération. M. de Montferrand entendit avec Fredeville le commissaire pour faire embarquer deux canons, et moi je partis le samedi de grand matin, et me rendis à Libourne, où je