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ENTREPRISE DE LA ROCHE GHALAIS

trouvai M.deLaVauguyon arrivé déjà le vendredi. Et comme nous étions à ces entrefaites à Bordeaux sur l'entreprise de La Roche, j'en faisais une autre d'aussi grande importance que celle de la Roche, qui était qu'un capitaine huguenot s'était saisi du château de Levignac, qui est à M. le marquis de Trans, et y avait soixante ou quatre-vingts soldats dedans, et avait fermé les rues du bourg, qui est grand, avec remparts, et la nuit se retiraient tous dans le château; et c'était le lieu où Pilles était allé surprendre La Mothe-Mongauzy le vieux, et là le tua, et défit presque toute sa compagnie. M. de Madaillan était allé avec moi à Bordeaux, et ma compagnie était à Glairac et Tonneins; il se trouva à la délibération que nous fîmes de l'exécution de La Roche; je l'en lis retourner en toute diligence, et écrivis à M. de Leberon de se joindre ensemble avec quatre compagnies de gens de pied, et qu'ils fissent une grande traite, et qu'en une nuit qu'ils les enfermassent dedans ; à quelque prix que ce fût, qu'ils prissent le château et les taillassent en pièces, et que de là ils se rendissent en une nuit devant le château de Bridoire, qui est à M. de La Mothe-Gondrin, où il y avait quatre-vingts ou cent autres huguenots, conduits par un nommé Labaune. C'était le lieu où Geoffre, cet insigne voleur qui a fait tant de maux, se retirait, Aux choses que ce vilain a faites il a montré qu'il avait du cœur et du courage, et qu'il était homme d'exécution. Je leur mandai qu'ils les enfermassent, et assiégeas-

sent le château de si près qu'il n'en échappât rien, car dès que j'aurais fait à La Roche, je tournerais tout court avec les canons à eux. Et si M. de La Noue nous venait combattre, qu'il fallait qu'ils abandonnassent tout, et qu'ils vinssent jour et nuit pour se trouver au combat.

Voilà la charge de MM.deLeberon et de Madaillan, lesquels enlevèrent le château. Il est assez fort pour batterie de main ; ils n'en pouvaient venir à bout, car les ennemis se défendaient fort et connaissaient bien que Ton leur ferait une mauvaise guerre, à cause des grandes cruautés et méchancetés qu'ils avaientfaites autour de Levignac. M. de Lauzun leur prêta une coulevrine et firent un trou par lequel pouvaient passer deux hommes ; et les uns avec des échelles par le côté de la basse-cour, et les autres par le trou donnaient, et les emportèrent. Il ne se sauva que trois prisonniers, et tout le reste fut mis en pièces; et la nuit après s'en allèrent ceux qui s'étaient saisis du château de Taillecabat, qui est à M. de Merville, grand sénéchal de Guyenne, ayant entendu comme Ton avait traité ceux de Levignac, Et nos gens marchèrent devant le château de Bridoire, et trouvèrent qu'ils étaient sus leur partement de se sauver, et les assiégèrent, et par malheur, à cause de la hâte, l'on n'avait pu faire marcher vivres pour les soldats. La nuit, les gens de pied se commencèrent à écarter pour aller chercher des vivres, et les gens de cheval se retirèrent en quelque village pour repaître

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