ENTREPRISE DE LA ROCHE CHALAIS
jusqu'à la minuit; et ainsi, n'y étant demeuré guère de gens, ceux de dedans, ayant épié leur commodité, la nuit ils sortirent en furie et se sauvèrent. Nos gens montèrent à cheval pour les suivre, mais incontinent qu'ils furent dehors, ils se séparèrent comme perdreaux, chacun se retirant à sa maison et par les sentiers. La nuit était obscure, qui favorisait leur fuite; et ainsi de cette troupe n'en fut tué que trois ou quatre. Dieu sait, quand je le sus, si j'en fus en colère, et si je leur écrivis qu'ils montraient bien qu'ils n'avaient pas retenu ce que je leur avais appris.
Or, quant à notre entreprise de La Roche-Chalais, le dimanche au soir M. de Montferrand se rendit avec l'artillerie à Goutras, comme aussi je fis. M. de La Vauguyon devait prendre son chemin droit à Parcou, là où est le pont, et regarder s'il pourrait prendre la ville à son arrivée, et se faire maître du pont, et mettre les gens de cheval de l'autre côté, qui iraient courir vers Sainte-Aulaire, pour entendre nouvelles de M, de La Noue, et pour savoir s'il ferait semblant de venir à nous. Or de La Roche jusqu'audit Parcou n'y a que deux lieues ; nous faisions état d'être en deux heures ensemble, car il y a beau chemin. Et comme nous nous départîmes le samedi même, M* de La Vauguyon s'en alla pour faire avancer ses gens, cheminantjouret nuit. Et moi, je fus le dimanche de grand matin à Coutras, où je trouvai M. de Gironde, gouverneur de Fronsac, qui était de notre entreprise et du
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conseil que j'avais tenu à Bordeaux. Ayant prêt tout le charroi qu'il nous fallait, et M. de Montferrand étant arrivé le dimanche au soir, je ne le laissai séjourner que trois heures, et renvoyai toute la nuit pour être devant le jour à La Roche, pour les enfermer dedans, ce qu'il fit; et M. de Gironde et moi nous attendîmes à faire atteler l'artillerie, et après l'avoir fait acheminer, j'y laissai ledit sieur de Gironde avec Fredeviile ei quelque cent pionniers que ledit sieur de Gironde m'avait apprêtés. Cependant je partis environ la minuit, et fus au point du jour à un quart de lieue de La Roche, où je trouvai M. de La Vauguyon, qui y était arrivé à la minuit, et avait envoyé quinze ou seize chevaux des siens devant le château, lesquels incontinent furent de retour où nous étions, et nous dirent qu'ils avaient trouvé les gens de cheval des ennemis dehors qui les avaient chargés. Chanteyrac ne se voulut point enfermer dans le château, mais alla au long de la muraille de la basse-cour, et gagna le passage du moulin, et se mit dans un bateau, et, à la faveur de dix ou douze soldats qui tenaient bon dans le moulin, il passa la rivière, faisant marcher les chevaux, les tenant par la bride. M. de La Roche ne prit pas ce chemin, mais s'en retourna dans le château avec six ou sept chevaux; et comme il vit que ces coureurs de M. de La Vauguyon s'enfuyaient, et que Chanteyrac l'avait abandonné, il voulut sortir dehors pour se sauver, et déjà la plupart étaient dans la basse-cour ;