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SENTENCE DES COMMISSAIRES

mon esprit d'où cet argent pourrait venir ; bien pensais-je qu'il y devait avoir de la malice et eautelle. Le soir je me retirai à mon logis chez l'archidiacre Redoul : et me retirant, mesdames du Longua et de Viole me rencontrèrent près du logis, lesquelles je trouvai pleurantes, et me dirent ces mots : « Monsieur, M. de Viole s'en va mort si vous ne lui aidez, car sa sentence est arrêtée, et cette nuit le doivent étrangler dans la prison, et au matin le doivent mettre mort sur i'échafaud. » Tous ces seigneurs avaient envoyé en poste devers le roi : mais le messager était arrivé trop tard si je n'y eusse mis la main. Je les renvoyai avec espérance que je l'en garderais : et toute la nuit je fis promener des gens d'armes de ma compagnie au devant de la prison et devant le logis des commissaires ; et moi-même ne me dépouillai de cette nuit-là. Il fut fort tard quand l'archidiacre Redoul revint au logis : et comme je sus qu'il fût dans sa chambre, je le mandai. Il était allé secrètement s'enquérir des affaires de M. de Viole et des autres prisonniers, qui étaient gens de maison et de qualité ; et me porta la résolution qu'ils étaient tous condamnés à mourir, et que, pour crainte de scandale, et qu'il n'y vînt émotion, ils devaient être défaits secrètement en prison avec les torches ; et que par leur procès et jugement ils avaient départi la ville en trois corps, c'est à savoir, l'Église en un, la justice en un autre, et le tiers état en l'autre ; et que tous ces trois corps étaient condamnés

en cent vingt mille francs. Alors il me va au cœur que ces dix mille francs dont Le Brun m'avait parlé devaient venir de là. Et pleurait ledit archidiacre, me disant que la ville de Cahors était détruite à jamais, et que quand on aurait vendu tous les biens de la ville, meubles et immeubles, il ne s'en saurait trouver cette somme. Alors je lui dis : « Ne vous donnez point de mélancolie ; laissez faire à moi, car, pour l'amour de M. de Viole et des autres,j'y ferai faire si bon guet, que je les attraperai avant qu'ils fassent leur exécution. Et quant à ces amendes que vous dites, le roi ne voudra jamais que votre ville soit ruinée, car elle est à lui, et assurez-vous qu'il vous les donnera. » Alors il me dit : « Monsieur, si les amendes allaient en la bourse du roi, nous aurions espérance que Sa Majesté ne nous voudrait pas voir détruits ; mais il n'en tire pas un sou. — Et qui donc, lui dis-je ? — C'est le comte fthingrave, qui a prêté au roi cinquante mille francs sur la comté ; et nous avons eu procès avec ledit comte pour les amendes à Toulouse, et l'avons perdu ; et a été dit qu'il tirerait les amendes aussi bien que l'autre revenu. Voilà pourquoi nous n'avons autre remède que d'abandonner la ville, aller habiter ailleurs, et lui laisser tous nos biens. »Et comme j'entendis ceci, je pensai enrager de ce que je voyais que ces deux méchants détruisaient une cité, qui était au roi, pour un particulier. Je passai toute cette nuit en colère ; et au matin M. de Burie m'envoya quérir pour en-

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