AVIS REÇU PAR MONTLUG
comme nous eûmes dîné, vint un homme à cheval, qui était parti en poste de Cahors, ayant cheminé toute la nuit et pris un cheval de louage à La Magistère, là où il lui fut dit que j'étais à Faudoas ; et me porta une lettre de M. de La Roque des Ars, près Cahors, un mien parent, laquelle lettre se trouvera enregistrée au registre du parlement de Toulouse, dont la teneur était telle : « Monsieur, aujourd'hui environ midi est arrivé ici un gentilhomme venant delà cour à grandes journées, lequel, ayant demandé à l'hôtellerie s'il y avait un homme qui vous connût, l'hôte lui a dit que j'étais à la ville, et que je vous appartenais de parenté : sur quoi il m'a envoyé soudain quérir par l'hôte- Et comme j'ai été devant le logis, il a dit audit hôte qu'il rentrât dans sa maison. Je l'ai voulu embrasser, mais il m'a fait signe que je ne le touchasse point. Et étant lui et moi seuls, il m'a dit qu'il était du comté de Foix et au roi de Navarre ; et qu'à Orléans lui était mort un médecin, de peste, à son côté, dont il était encore pestiféré. M'ayant dit en outre que j'allasse incontinent chercher de l'encre et du papier, ce que promptement j'ai fait, et devant le logis même m'a fait écrire cette lettre, et m'a prié de vous envoyer en poste. » Ladite lettre disait ainsi : « Monsieur, m'en revenant de la cour, je suis passé à Orléans, où j'ai laissé M. le prince de Condé, qui assemble de grandes forces, et déjà en a beaucoup. Il y a un capitoul de Toulouse qui s'en vient à grandes journées après, et
pense qu'il passera cette nuit ici, lequel a promis audit seigneur prince de lui rendre à sa dévotion, dans le dix-huitième de ce mois (qui était en mai), la ville de Toulouse. Ledit capitoul s'est découvert à moi; je vous en ai voulu avertir en extrême diligence, afin que vous y pourvoyiez s'il vous est possible. Et pour les raisons que vous écrira M. de La Rocque je n'ai point voulu signer cette lettre, mais je l'ai fait signer audit sieur de La Rocque. »
Voilà le contenu des deux lettres, lesquelles ayant vues, je tirai à part les susdits seigneurs, et, leur ayant communiqué lesdites lettres, je les envoyai incontinent, par homme exprès en poste, à M. le premier président Mansencal ; et fis promptement trois dépêches aux capitaines Bazordan , baron de Glermont et Arne, leur mandant par celles-ci que jour et nuit ils fissent diligence d'assembler leurs compagnies de gens de pied que je leur avais baillées, et qu'ils s'approchassent le plus près de Toulouse qu'ils pourraient. M. de Terride s'en retourna en diligence pour tenir prête la sienne de gendarmes. Les sieurs de Gondrin, de Fimarcon et moi, nous en retournâmes en diligence pour assembler de la noblesse. Or le messager ne put arriver à Toulouse de cette journée-là, qu'il ne fût trois heures de nuit; et M. le président se trouva couché, et ne lui put bailler les lettres jusqu'au lendemain matin, qui était le douzième de mai : en quoi M. le président fit une erreur, d'autant que le matin il alla assembler