AUTRES AVIS
toutes les chambres, et là, en présence de tous, / lesdites lettres furent lues : et moi j'en fis une autre, n'ayant été si avisé de lui mander qu'il la communiquât à peu de gens. Gela fut cause que ceux de leur compagnie qui étaient de la religion nouvelle et de l'entreprise, au sortir du palais, avertirent tous les autres de leur intelligence, pour les faire hâter de se saisir de la maison de ville et de l'artillerie, et n'attendre point jusqu'au dix-huitième dudit mois; car j'écrivais aussi par madite lettre que je mandais en diligence aux capitaines Bazordan et baron de Glermont, qu'en faisant les compagnies ils marchassent vers ladite ville de Toulouse, laquelle plus de huit jours auparavant était entrée en grand soupçon, parce que ceux de dedans y voyaient arriver de jour à autre beaucoup de gens étrangers et inconnus de leur dite ville. Et lesdites lettres arrivèrent sur cette peur. J'avais, ne sachant encore rien de ceci , envoyé ma compagnie à La Montjoye, près La Plume. Et le lendemain même, qui fut le dix-huitième, m'en étant retourné au Sampoy, je reçus deux lettres tout d'un coup, l'une de M. de Terride, et deux autres d'avertissements qu'on lui donnait. En Tune il y avait : « Monsieur, quatre enseignes de gens de pied sont arrivées dans Montauban, qui viennent de vers les Cevennes, et sont entrées à la pointe du jour, ayant cheminé toute la nuit. » En l'autre lettre il y avait qu'il était passé une enseigne noire sur le pont du Buzet au delà de Tou-
louse, portant une écharpe blanche, qui tenait le chemin de Montauban. M. de Terride me mandait que je tinsse l'avertissement pour très-sûr. Au même instant j'avais reçu une autre lettre du vicaire d'Auch et des consuls de ladite ville, lesquels me priaient de vouloir aller en toute diligence audit Auch, ou autrement que tous se mettraient en pièces les uns et les autres. J'écrivis en la rue même en hâte quatre lignes à M. de Terride, le priant de tenir sa compagnie prête, et d'assembler le plus de gens qu'il pourrait. Et après je montai à cheval, ayant M. de Fontenille avec moi, et m'en allai en toute diligence droit à Auch, quoi que je ne fusse pas lieutenant du roi, et n'eusse aucune puissance de commander, mais tout ce que j'en faisais n'était que pour l'affection et volonté particulière que je portais au service du roi. J'étais bien assuré que, faisant bien, tout serait trouvé bon de ceux qui tenaient le parti du roi : pour les autres, je ne m'en suis pas fort soucié; je les ai toujours mieux aimé avoir pour ennemis que pour amis.
Arrivant à Sezan, une lieue du Sampoy, il m'arriva un homme de Toulouse, que M. le président de Mansencal m'envoyait, par lequel il me mandait qu'il avait reçu mes lettres, me priant d'aller secourir ladite ville de Toulouse, parce que les huguenots s'étaient saisis de la maison commune d'icelle, et de l'artillerie qui était dedans. Je descendis devant le village, sous un orme, et là dépêchai vers M. le président qu'il avertît en dili-