‹ CommentairesChapitre 2 sur 126 · ÉTAT DES ESPRITS EN GUYENNE · texte numérisé non relu

ÉTAT DES ESPRITS EN GUYENNE

d'exécuter ce qu'elle me commanda : ce sont lettres closes. Et ainsi je pris congé d'elle. Madame de Grussol vint après moi jusqu'à moitié de la chambre, et là me dit adieu, et Madame de Curton pareillement; et ainsi m'en vins en ma maison. Quelques mois après mon retour, j'entendais de toutes parts de terribles langages et d'audacieuse^ paroles que les ministres qui portaient une nouvelle foi tenaient, mêmement contre l'autorité royale. J'entendais dire qu'ils imposaient deniers, d'autre part qu'ils faisaient des capitaines, enrôlements de soldats, assemblées aux maisons des seigneurs de ce pays qui étaient de cette religion nouvelle ; ce qui a causé tant de maux et de massacres qui se sont faits les uns sur les autres. Je voyais croître de jour à autre le mal, et ne voyais personne qui se montrât pour le roi. J'entendais dire aussi que la plupart de tous ceux qui se mêlaient des finances étaient de cette religion, car le naturel de l'homme est d'aimer les nouveautés; et le pis, d'où est procédé tout le malheur, que les gens de justice aux parlements, sénéchaussées, et autres juges, abandonnaient la religion ancienne et du roi pour prendre la nouvelle. Je voyais aussi des noms étranges de surveillants, diacres, consistoires, synodes, colloques, n'ayant jamais été déjeuné de telles viandes. J'entendais dire que les surveillants avaient des nerfs de bœuf qu'ils appelaient johanots, desquels ils maltraitaient et battaient rudement les pauvres paysans, s'ils n'allaient

k COMMENTAIRES DE MONTLUG

à la prêche ; le peuple était abandonné de la justice : car, comme ils s'allaient plaindre, ils n'étaient payés que d'injures; et n'y avait sergent qui osât entreprendre de faire exécution pour les catholiques, sinon pour les huguenots seulement (car ainsi les appela-t-on, je ne sais pourquoi), demeurant le reste des juges et officiers du roi, qui étaient catholiques, si intimidés, qu'ils n'eussent osé commander faire une information, à peine de leurs vies. Tout ceci ne me présageait autre chose que ce que j'en ai vu advenir depuis. Et, m'en revenant d'une maison mienne à celle d'Estillac, je trouvai la ville de La Plume assiégée de trois ou quatre cents hommes; j'avais le capitaine Montluc, mon fils, avec moi, et lui dis qu'il allât avec toutes gracieuses paroles parler à eux, car je n'avais que dix ou douze chevaux. Il fit tant qu'il gagna les Brimont, principaux chefs de cette entreprise qui était faite pour ôter deux prisonniers de leur religion que ceux de la justice de La Plume tenaient. Mon fils leur promit que, s'ils voulaient se retirer, je les ferais rendre; ce qu'ils firent, et le lendemain j'allai parler avec les officiers de ladite ville, auxquels remontrai que pour ces deux prisonniers ils ne devaient pas permettre que Ton commençât une sédition ; de sorte qu'ils me les amenèrent et les laissèrent aller.

M. de Burie, qui commandait en l'absence du roi de Navarre en Guyenne, était à Bordeaux, où il y avait autant de commencement de besogne qu'en

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