NOUVELLES DE BORDEAUX
cette promesse le laissa aller. Il demeura quelques jours, faisant semblant de vouloir aller trouver M. de Duras; mais c'était pour attendre quand je m'approcherais, pour se venir rendre auprès de moi, comme il fit; car il dit que c'était une promesse forcée, et qu'il n'était prisonnier de guerre: depuis ce temps ce comte a toujours été ennemi de la maison de Duras.
M. de Burie me dépêcha Razé, son secrétaire, en poste, me priant que je le vinsse secourir, car autrement la ville était perdue, et qu'il n'avait aucunes forces avec lui ; et d'autre part, qu'il n'y avait un grain de blé dans la ville, et qu'ils étaient à la faim, à cause que les ennemis tenaient toute la rivière de Garonne et celle de Dordogne, qui sont les deux mamelles qui allaitent Bordeaux ; et qu'il y avait longtemps qu'il n'était descendu un grain de blé audit Bordeaux. Je lui dépêchai incontinent ledit Razé, l'assurant que je serais bientôt à lui, et que je le secourrais dans huit jours. J'envoyai incontinent quérir les compagnies du capitaine Charry, du baron de Glermont, Arne, et le sieur Bardachin, à qui j'avais donné une compagnie : M. de Saincthorent était sur le lieu avec moi. J'envoyai quérir le capitaine Masses avec la compagnie de M. le maréchal de Termes, et le capitaine Arne, qui me bailla quarante salades de celles de la compagnie du roi de Navarre, lui commandant qu'il ne bougeât de Condom, pour tenir en crainte tout ce pays, et garder que la ville ne se révoltât. Je
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mandai au capitaine Bazordan qu'il ne bougeât avec ses deux compagnies de Beaumont de Lomagne et des environs, près de M. de Terride, auquel j'écrivis de se mettre dans Grenade avec sa compagnie, et que je lui laissais le capitaine Bazordan pour se tenir près de lui. Je mandai pareillement à M. de Gondrin qu'il ralliât avec lui de ses parents et voisins, et qu'il assemblât quelques soldats pour se jeter à Eause, et que je m'en allais secourir M. de Burie à Bordeaux. Je n'étais pas lieutenant du roi; cependant tout le monde m'obéit d'aussi grande volonté qu'ils eussent su faire à personne du monde ; voilà ce que c'est de se faire aimer à la noblesse, comme je faisais; qui ne fera cela ne fera jamais rien qui vaille : car d'elle presque tout dépend, vu que la Gascogne et l'Armagnac en sont fort peuplés. Le cinquième jour après que Razé se fut départi de moi, m'arriva M. du Courre, neveu de M. de Burie, et lieutenant de sa compagnie, qui venait encore me hâter; et me mandait ledit sieur de Burie que si dans six jours il n'était secouru, la ville s'en allait perdue : aussi me dit ledit sieur du Courre qu'il n'était venu que de nuit, et presque à chaque pas il avait rencontré ennemis, et que tout le pays était levé contre nous, les uns par force et les autres de leur gré. Je renvoyai ledit sieur du Courre passer par les landes; il avait vingt-cinq salades bien armés ; et l'adressai par des maisons de gentilshommes qui étaient mes parents. Le lendemain j'eus rassemblé tous mes