MONTLUC CONTINUE SA ROUTE
mauvais, j'eusse pu dire que tous les capitaines avaient été de cet avis. Si on fait quelque faute, pour le moins est-elle excusable quand elle est faite par avis et par conseil ; car croire toujours sa tête, ce n'est pas bien fait. Le matin je partis deux heures devant jour, et passai par le haut des vignes, laissant le Mas à main droite; et fus environ la pointe du jour seulement à la hauteur de Caumont. A cause des passages qui étaient étroits, je ne voulais pas laisser le bagage derrière, car toute la nuit entra force gens dedans le Mas, qui venaient du côté de la rivière. Ceux du château de Caumont sortirent et vinrent par les vignes, où nous ne les pouvions charger à cause des fossés. Et ainsi nous cheminâmes toujours jusques à la hauteur de La Réole ; et là je trouvai M. du Courre, qui à son retour à Bordeaux avait pris le demeurant de la compagnie de M. de Burie, et m'était venu audevant. Quelques jours auparavant j'avais envoyé à M. d'Eymet, mon cousin, qui dressait deux compagnies, afin qu'il se jetât dans La Réole, comme il avait fait : les huguenots lavaient assiégée auparavant que j'y arrivasse, et battu de quelques pièces de campagne; mais ils ne firent rien et levèrent le siège : par là on pouvait juger qu'ils étaient maîtres de la campagne, puisqu'ils osaient mener le canon ; et si Dieu ne m'eût inspiré de m'opposer à eux, et faire pendre ceux qui tombaient entre mes mains, je crois que tout le pays était perdu ; car la douceur de M. de Burie n'était
pas de saison. Je me campai aux maisons qui sont vis-à-vis de La Réole , et ceux de la ville nous apportèrent là des vivres ; et à la minuit, sans sonner trompette ni tambourin, nous acheminâmes, pour quelque soupçon que me dit M. du Courre ; et ne cessai jamais que je ne fusse à deux ou trois lieues de Bordeaux, où je fis camper nos gens par les villages. Puis je m'en allai droit à Bordeaux, où je trouvai MM. de Cancon et Montferrand, vicomte d'Uza, Givrac et autres, qui m'attendaient. Et pour la grande faute de vivres qu'il y avait dans la ville, je n'y pus séjourner que trois jours; nous arrêtâmes, M. de Burie et moi, que le quatrième je passerais la rivière, et que nous irions combattre M. de Duras, qui était aux terres de M. de Candale, en la comté de Benauges. Je commençai à passer la rivière : vers midi nous eûmes passé les gens de pied, ma compagnie et les quarante salades du roi de Navarre ; et, voyant qu'il se faisait tard, je fus d'avis que le capitaine Masses s'en retournât au logis avec la compagnie de M. le maréchal de Termes, et qu'à la minuit il passât. Je retournai en la ville arrêter encore avec M. de Burie qu'à la minuit il commencerait à passer. Il avait fait apprêter quatre pièces de campagne, lesquelles étaient déjà sur la grève ; la compagnie de M. de Randan, que M. d'Argence commandait, était arrivée, et celle de M. de La Vauguyon, que M. de Garlus commandait. Et comme il fut nuit, M. de Burie fit retirer tous les bateaux sous le château