MONTLUC MARCHE CONTRE M. DE DURAS
Trompette, et défendit qu'on ne passât sans son congé ; et à la nuit le capitaine Masses se rendit sur le bord de la rivière ; il ne fut pas possible de recouvrer bateau pour passer. Je ne veux point ici mettre par écrit le dire des uns et des autres, et à quoi l'on disait qu'avait tenu que la rivière ne s'était passée au temps que nous avions promis, car tout n'en vaut rien. M. de Masses s'excusait, et parlait bien haut sans craindre rien. Je m'étais logé à demi-lieue de Bordeaux; et une bonne heure devant jour, je montai à cheval et mandai au capitaine Charry, qui était mestre de camp, qu'il attendît M. de Burie avec les compagnies de gens de pied, sauf celles du baron de Clermont et de M. de Saincthorent. Je cheminai jusques à ce que je fus à La Sauve, mandant à M. de Burie que je lui laissais les gens de pied pour accompagner l'artillerie. Le messager passa la rivière, et le trouva encore en sa chambre, n'étant du tout habillé; il était pourtant plus de six heures : je pensais qu'il fût déjà passé. Et comme je fus à La Sauve, M. de La Sauve, oncle de M. d'Andaux, me dit que les ennemis étaient à Targon, et qu'ils ne savaient encore nouvelles que nous passions la rivière. Il me prêta un sien serviteur pour aller avertir M. de Burie, le priant par ma lettre de se vouloir avancer, et que les ennemis étaient en fort beau lieu pour les combattre : or de La Sauve jusqu'à Bordeaux il 0 y a environ trois lieues. Et comme l'homme de M. de La Sauve arriva au bord de la rivière, il vit
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que la compagnie de M. de Termes s'embarquait. Je mandai au capitaine Charry, qu'il sollicitât M. de Burie de s'avancer. Le capitaine Charry, qui vît que Ton tardait tant à passer, et que j'allais trouver les ennemis comme je lui mandais, prit soixante argoulets qu'il avait, et laissa les autres capitaines, afin qu'ils attendissent M. de Burie et l'artillerie. Et comme je fus à la vue de Targon, qui est un village, lequel, comme je pense, est à M. de Gandale, M. de Saincthorent et M. de Fontenilles se mirent devant, droit à quelques maisons, et là tuèrent quatorze ou quinze hommes. L'alarme fut grande en leur camp , et se mirent tous leurs gens de pied en bataille en un grand champ, et leur cavalerie au long d'un ruisseau qu'il y a; laquelle je ne pouvais découvrir, parce qu'il y avait des bois entr'eux et moi, et étaient en un vallon : le champ où étaient leurs gens de pied était un peu plus en avant que le ruisseau. Et lorsque M. de Saincthorent les attaqua, il pouvait être sept heures du matin : ils ne bougèrent jamais de ce champ où lis s'étaient mis en bataille. J'étais sur un haut, en trois ou quatre maisons qu'il y avait par delà. Je dépêchai encore devers M. de Burie, le prier de se hâter, et que j'étais à la tête de l'ennemi, pensant qu'il ne fût guère éloigné. Le comte de Gandale, qui était bien jeune alors et de bonne volonté, m'y vint trouver avec dix ou douze gentilshommes ; entre autres y était le sieur de Seignan, qui était capitaine des gens de pied au royaume de