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COMBAT DE T ARGON

Ton sait bien que les gens à cheval ne s'amusent pas à tuer, mais à suivre la victoire , il n'y mourut pas beaucoup de gens; mais, encore que la perte ne leur fut pas grande, toutefois la réputation nous servit de beaucoup, et la honte leur porta dommage. Et commença tout le monde à prendre cœur, et eux à le perdre, et la noblesse à prendre les armes, et le peuple pareillement. On tua à mon fils deux chevaux sous lui, et il fut blessé en deux lieux : tous les deux chevaux étaient à moi. J'y perdis mon cheval turc, que j'aimais, après mes enfants, plus que chose du monde, car il m'avait sauvé la vie ou la prison trois fois : le duc de Palliane me l'avait donné à Rome; je n'eus ni n'espère jamais avoir un si bon cheval que celui-là : M. le prince de Gondé me l'avait voulu fort avoir, mais je m'en défis comme je pus; je voyais bien que telle marchandise serait difficile à trouver. M. de Seignan perdit le sien, le vicomte d'Uza et le comte de Candale aussi. Bref nous l nous ralliâmes après la charge au lieu même où nous l'avions faite, et nous trouvâmes en telle nécessité, que nous ne sûmes assembler vingt chevaux pour combattre s'ils se fussent ralliés, car tous les chevaux étaient morts ou blessés, et des hommes plus de la tierce partie ; mais ils n'avaient point le jugement de se reconnaître, ni nous aussi. Je veux dire que c'était une des plus rudes charges, et la plus furieuse, sans bataille, là où je me sois jamais trouvé. Il ne faut point dire qu'ils s'en

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allassent de peur sans être combattus, car ils nous vinrent au-devant pour nous faire la charge ou bien pour l'attendre : je ne les pensais pas si gens de bien. Nous n'y perdîmes pour lors pas un gentilhomme, qu'un nommé M. de Vignaux; mais depuis il en mourut deux ou trois qui avaient été blessés. Du haut de cette montée, nous découvrîmes les ennemis qui s'en allaient tant qu'ils pouvaient, et s'en allant nous voyions bien qu'ils se ralliaient, s'éloignant toujours de nous : et alors nous nous commençâmes à retirer, les uns à pied, car leurs chevaux étaient morts, et des autres la plupart les tiraient par la bride, parce qu'ils étaient blessés. Je me trouvai en telle nécessité, que Ton ne put trouver cheval des miens pour me remonter, et si seulement cent chevaux fussent retournés à nous, j'étais mort et tous ceux qui étaient là; car de moi, il ne fallait pas espérer que tout le monde m'eût pu sauver : ces nouveaux religieux m'en voulaient trop. Or voilà le combat de Targon, qui fut fort honteux pour les huguenots, vu qu'ils se laissèrent battre à une poignée de gens. Et comme nous nous en retournions, les deux compagnies de gens de pied arrivèrent, lesquelles tout le jour avaient couru, et pensèrent crever de la grande chaleur qu'il faisait. La compagnie de M. de Termes, qui était venue au grand trot, n'y put arriver, car avant que Montcorneil fût arrivé à La Sauve, qui est à une grande lieue, et eux montés à cheval, et fait une autre lieue et demie qu'il leur fallait faire,

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