ARRIVÉE DE M. DE BURIE
ils ne purent y arriver. Ils étaient désespérés, et surtout le capitaine Masses; je ne vis jamais homme si fâché que celui-là; je fus contraint de le prier de ne parler point et de se taire, car il avait grande envie de parler plus que je n'eusse voulu. Et ainsi , nous en retournâmes droit à La Sauve, où nous trouvâmes M. de Burie qui ne faisait qu'arriver; il pouvait être entre quatre ou cinq heures après midi. Il fut bien aise d'entendre que la victoire nous était demeurée ; je crois qu'il avait fait la diligence qu'il avait pu, mais il était vieux, et les gens vieux ne peuvent être si diligents que les jeunes : nous ne pouvons être deux fois, je le connais par moi-même.
Nous arrêtâmes qu'il s'en retournerait à Bordeaux pour amener trois canons, pour aller battre Monsegur et les autres places que les ennemis tenaient au long de la rivière de Garonne, et faire que la rivière fût libre, afin de faire venir vivres à Bordeaux, car ils étaient à la faim; et qu'il en ramènerait les quatre pièces de campagne, connaissant bien que nous n'étions plus sujets à la bataille, à cause de l'attaque que les ennemis avaient reçue; et que cependant je m'en irais avec le camp contre-mont la rivière vers Monsegur et La Réole, attendant que ledit sieur de Burie fût arrivé avec les carions. Mais avant que de nous séparer, il fallait tourner visage vers Bourg, parce qu'un des fils de Montandre s'en était saisi, qui gardait qu'aucuns vivres ne pouvaient descendre à Bordeaux
88 COMMENTAIRES DE MONTLUG
par la Dordogne. Et comme nous fûmes auprès de la rivière près Cubzac, nous fîmes passer delà notre cavalerie et M. de Saincthorent. Ils coururent jusques au devant; ledit de Montandre l'abandonna : nous y mîmes quelque peu de gens qu'on y fit venir de Bordeaux. Et avant le partement dudit sieur de Burie pour aller audit Bordeaux, je lui remontrai que nous courions une grande fortune, et qu'il serait bon qu'il prît le château de Blanquefort, qui était à M. de Duras pour sa retraite et de sa maison, et que je prisse le château de Gaumont : ce que nous fîmes. Et en passant je mis dans ledit château de Caumont garnison, ce que M. de Gaumont trouva fort mauvais, ayant opinion que je m'en voulusse emparer tout à fait; mais il s'en fallait beaucoup que je le lisse à cette intention : on Ta pu aisément connaître, car il y avait plus de cent mille francs vaillant, et il ne s'y perdit pas un sou, sauf seulement que le comte de Candale et le capitaine Montluc prirent quelques patenôtres de corail du procureur du château, avec reçu, et à la charge de les rendre. Si j'eusse voulu, j'eusse pu prendre tout ce qui était dedans , et eût été bien pris et de bonne guerre, d'autant que là dedans il y avait une troupe de huguenots qui firent une sortie sur les nôtres s'en venant de Bordeaux , et y fut tué un cheval au capitaine Sendat entre ses jambes; ce qui était une suffisante raison, car c'était se déclarer ennemis.
En même temps nous fûmes avertis qu'ils avaient