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EXECUTIONS SOMMAIRES

abandonné Bazas, ayant eu peur que nous passassions la rivière, parce qu'ils entendirent que M. de Burie arrivait à Bordeaux et que je montais droit à La Réole. Et ainsi on commença à apporter quelque peu de blés et farines à Bordeaux. Je fus averti qu'à Gironde y avait soixante ou quatre-vingts huguenots, qui s'y étaient retirés lors de la déroute de M. de Duras. Je les fis attraper, et pendre soixante et dix aux piliers de la halle, sans autre cérémonie; ce qui donna une peur si grande par tout le pays, qu'ils abandonnèrent tout le long de la rivière devers Marmande et Tonneins, où M. de Duras s'était retiré pour y recueillir ses gens et refaire ses troupes, et il fut contraint se retirer vers la Dordogne. On pouvait connaître par là où j'étais passé, car par les arbres sur les chemins on en trouvait les enseignes. Un pendu étonnait plus que cent tués. La reine de Navarre, qui était à Duras, après avoir entendu la déroute de M. de Duras, se retira au château de Caumont (c'était avant que je m'en fusse saisi), où elle ne fit point d'arrêt, car elle se retira en Béarn ; et nous vînmes après audit château de Caumont, comme j'ai dit. Dieu sait si elle me voulait mal, et comme elle me baptisait, m'appelant le Tyran, avec toutes les injures du monde. Elle était princesse, et d'ailleurs hors de combat. Étant serviteur du roi et catholique, je faisais mon devoir; que si tout le monde eût fait ainsi , on n'eût pas vu ce que nous avons vu depuis. J'ai toujours été, et les

miens , très-humble serviteur de sa maison, mais c'a été lorsqu'il n'a point été question du maître. M. de Burie étant arrivé à La Réole avec les canons, nous allâmes assiéger Monsegur, et logeâmes une nuit à Sauveterre, où j'en pris quinze ou seize , lesquels je fis tous pendre sans dépenser papier ni encre, et sans les vouloir écouter, car ces gens parlent d'or. Or dans Monsegur il y avait de sept à huit cents hommes : la ville est petite, mais bien forte de murailles aussi bonnes qu'il est possible, et l'assiette très-bonne» Nous l'assiégeâmes du côté de la tannerie où ils habillent les cuirs : M. de Burie se logea aux maisons devant la porte qui vient de La Sauvetat-d'Eymet, et où sont les grandes tours, et moi auprès de là. MM. d'Ortubie et Predeville, commissaires de l'artillerie, voulurent reconnaître la ville de plein jour ; et n'eûmes pas faute d'arquebusades. Or nous conclûmes qu'il la fallait attaquer par ladite tannerie. Il y avait une porte de la ville laquelle ils avaient fermée d'une muraille depuis peu, et avaient abattu le râteau, lequel la muraille couvrait; et au dedans ils avaient fait un rempart de terre et de fumier. Je fis les approches de nuit, et fis mettre la compagnie de Bardachin à la tannerie. Nous laissâmes reposer M. de Burie, et à la nuit notre artillerie fut mise sur un petit haut vis-à-vis de la porte, à cent cinquante pas de ladite porte. Contre l'opinion desdits commissaires, je voulus essayer ce qu'il y avait derrière la muraille neuve qui

ATTAQUE DE MONSEGUR 91

couvrait la porte, et eûmes des fagots, lesquels je fis allumer près de la porte. A la clarté du feu, je fis tirer à ladite porte cinq ou six coups de canon, qui abattirent toute cette muraille neuve : j'envoyai reconnaître l'enseigne du capitaine Bardachin tout seul. La tannerie était entre l'artillerie et la porte, et il y avait un grand noyer entre ladite tannerie et la porte. Il pouvait y avoir cinq ou six pas jusqu'à la porte où le capitaine Bardachiri et moi nous mîmes derrière le noyer : et nous rapporta l'enseigne que ce que nous voyions de blanc c'était le râteau. Nous lui fîmes retourner monter sur le râteau, au-dessous duquel il nous dit qu'il avait aperçu un terre-plein, mais qu'il était un peu abaissé, et qu'un homme passerait couché sur le ventre. L'on ne le pouvait voir, lui, à cause du feu, mais on nous voyait bien, nous, qui étions derrière le noyer. Us donnèrent plus de vingt arquebusades. Je mandai en diligence au capitaine Charry qu'il menât toutes les compagnies sans sonner tambourin ni faire aucun bruit : et à leur arrivée, je les fis mettre le ventre à terre derrière l'artillerie, et dis à M. d'Ortubie qu'il commençât à tirer, encore qu'il ne fût pas du tout jour, à l'endroit de la porte, en batterie. Et comme il eut tiré deux volées, je fis partir l'enseigne dudit Bardachin, nommé le capitaine Vinos, qui avait une rondelle en la main et un morion en tête, et deux arquebusiers après lui sans morion; et ils allaient presque le ventre à terre. Le

capitaine Vinos commença à monter le râteau; Bardachin et moi nous étions avancés derrière le noyer. L'aube du jour commençait à paraître; M. d'Ortubie tirait toujours à eux, et eux s'avançaient à se retrancher derrière la batterie qui était au côté de la porte, et ne prenaient pas garde à la porte, car ils ne pensaient pas que la muraille qui la couvrait fût par terre. Et comme le capitaine Vinos fut au haut du râteau, il bailla sa rondelle à un des arquebusiers, et monta sur le rempart , puis se fit bailler sa rondelle, et tira l'un des arquebusiers, et puis l'autre; et comme je vis qu'il y en avait trois, au bruit du canon, je courus à la tan- • nerie, et fis marcher les arquebusiers audit Bardachin l'un après l'autre droit au noyer, et retournai incontinent derrière celui-ci : et à une autre volée, je fis approcher Bardachin du râteau, ayant une rondelle et un morion, et les arquebusiers l'un après l'autre, cachant le feu. Et comme Bardachin en eut cinq ou six près de lui, il monta le râteau, son enseigne le tira, et les arquebusiers l'un après l'autre; et à mesure que les arquebusiers venaient derrière le noyer, je les faisais couler; et comme je vis qu'il y en avait une vingtaine, je m'approchai lors du râteau. Ils entraient dans une petite chambre de la tour où il y avait deux petites portes et des degrés de pierre à main droite et à main gauche, par là où on montait et descendait du côté de la ville en la tour : je faisais cependant monter l'un après l'autre. Bardachin me manda

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