‹ CommentairesChapitre 37 sur 126 · PRISE DE MONSÉGUR · texte numérisé non relu

PRISE DE MONSÉGUR

qu'il commençait être assez fort pour être maître de la tour, et qu'il n'était pas encore découvert : et alors je mandai au capitaine Charry et au baron de Clermont qu'ils se levassent, et qu'ils vinssent en courant tout au long d'un grand chemin qu'il y avait tirant à la porte : ce qu'ils firent ; et avant qu'ils y fussent, Bardachin fut découvert, et ils commencèrent à combattre et à défendre les degrés : sur quoi arrivèrent tout en un coup les enseignes du capitaine Charry et de Clermont, et montèrent leurs enseignes après. Les ennemis défendirent ces degrés, mais les nôtres gagnèrent le haut de la tour par une petite échelle à main qu'ils trouvèrent, et furent maîtres du devant de la porte : et à corps perdu les capitaines à droite et à gauche se jetèrent au long des degrés, et vinrent aux mains en la rue. Les ennemis repoussèrent d'abord les nôtres; mais à la fin la foule les emporta ; ils allèrent pêle-mêle jusqu'à la place, là où ils trouvèrent trois cents hommes en bataille qui firent tête et combattirent là : toutefois à la fin ils se mirent en déroute. Je mandai le tout à M. de Burie, et trouvai qu'il en avait déjà été averti, et aussi que le tirer de Tarquebuserie lui montrait que l'on combattait. Il envoya quelques gendarmes à l'entour de la ville, mais ils n'y pouvaient rien faire : je pris quatre-vingts ou cent soldats, et m'en allai autour des murailles, et tant qu'il en sautait pardessus, cela était mort. La tuerie dura jusqu'à dix heures ou plus, parce qu'on les cherchait dans les

maisons ; il en fut pris quinze ou vingt seulement, lesquels nous fîmes pendre, et entre autres tous les officiers du roi et les consuls avec leurs chaperons sur le col. Il ne se parlait point de rançon; c'était pour les bourreaux. Le capitaine qui commandait là s'appelait le capitaine Heraud, qui avait été de ma compagnie à Moncalier, un brave soldat s'il y en avait en Guyenne; il fut prisonnier; beaucoup de gens le voulaient sauver pour sa vaillance, mais je dis que s'il échappait, il nous ferait tête à chaque village, et que je connaissais bien sa valeur : voilà pourquoi je le fis pendre. Il pensait toujours que je le sauvasse parce que je savais bien qu'il était vaillant; mais cela le fit plutôt mourir, car j'étais bien assuré qu'il ne se retournerait jamais de notre côté, parce qu'il était fort opiniâtre et coiffé de cette religion : sans cela je l'eusse » sauvé. On compta les morts : il s'en trouva plus de sept cents ; toutes les rues et le long des murailles étaient couverts de corps morts, et je suis bien assuré qu'il en mourut un grand nombre de ceux qui se jetèrent par les murailles, que je faisais tuer. Voilà la prise de Monsegur. Je pense qu'il y eût eu grande dispute d'entrer par la brèche que nous faisions, et il eût coûté plus de cinq cents coups de canon avant que l'on eût fait trou pour entrer deux hommes de front seulement, car les murailles sont de bonne pierre, et bien épaisses, aussi bonnes qu'il y en ait en Guyenne; et encore il eût été malaisé d'y venir; ayant moyen de

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