CAPITULATION DU CHATEAU DE DURAS
se retrancher, je crois qu'ils nous eussent donné des affaires, et qu'il y eût eu de l'honneur et pour eux et pour nous; mais il vaut mieux que nous ayons eu le profit.
Deux jours après, nous allâmes assiéger le château et ville de Duras, là où il y avait cent cin- X quante hommes. Toute la nuit je ne cessai de loger l'artillerie pour battre la ville , car de battre le château il était difficile, sinon par le jardin de derrière, et encore est-il fort difficile d'y mener l'artillerie. Nous conclûmes qu'il fallait mieux attaquer la ville, et après, par dedans la ville nous battrions la porte du château. Et comme j'eus tout apprêté , ils appelèrent et demandèrent si M. de Burie était là ; il leur fut répondu qu'il était logé aux Métairies, qui sont à deux ou trois arquebusades, mais que j'étais à l'artillerie; et alors ils me firent dire si je les voulais laisser sortie en sûreté : \ t ce que je leur promis ; ils vinrent parler à moi ; je les renvoyai à M. de Burie. Le jour commençait à poindre quand ils retournèrent, et me dirent qu'ils avaient capitulé. M. de Burie entra dedans avec quelques-uns; je n'y entrai qu'il ne fût huit heures du matin, parce que je m'étais mis à dormir après la capitulation faite, car je veillais quand les autres dormaient. M. de Burie me dit qu'il n'avait rien trouvé dedans qu'environ cent cinquante corselets, qui étaient du roi de Navarre, que La Garde de Tonneins, huguenot, avait laissés là, lesquels il portait à leur camp ; mais il eut peur d'être pris par
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les chemins : nous les fîmes départir aux capitaines pour armer les soldats.
De là M. de Burie s'en alla jusqu'à Bordeaux, et je descendis avec l'armée vers Marmande et Tonneins. Tout le monde abandonnait les places qu'ils tenaient, d'effroi ; je n'y trouvai que quelques catholiques , et de là marchai droit à Glairac et Aiguillon, où je passai la rivière; et comme je la passais, je fis faire halte devant ladite ville, parce qu'ils étaient trois ou quatre mille hommes dans Agen, et je les voulais aller environner pour les attraper dedans. Ayant rembarqué les trois canons à La Réole, que je faisais haler en remontant la rivière, il fut nuit quand j'eus tout passé : et comme je marchais la nuit, il me fut apporté nouvelles d'Agen que sur l'entrée de la nuit ils avaient abandonné la ville, ayant pris le chemin vers Montauban. Je m'étonnais comme ces gens avaient tant la peur au ventre, et qu'ils ne défendaient mieux leur religion. Ils n'eurent loisir d'en amener les prisonniers qu'ils tenaient, car l'effroi les saisit tout d'un coup quand on leur dit que j'étais tout auprès de là ; ils pensaient avoir déjà la corde au cou. Les prisonniers qu'ils tenaient, c'étaient MM. de La Lande, de Nort, les officiers du roi et les consuls, sauf le président d'Agen, auquel ils ne voulaient point de mal. Ces pauvres officiers, gens de bien, demeurèrent deux ou trois mois prisonniers ; cent fois on leur présenta la corde pour les pendre : je m'étonne qu'ils ne