MONTLUC A AGEN
moururent de peur. Et voilà comme la rivière fut libre. M. de Burie étant arrivé au Port Sainte-Marie, nous y logeâmes l'armée et aux environs, puis nous en allâmes avec peu de gens à Agen, et trouvâmes que la ville était toute ruinée, car ces gens là où ils passent laissent de tristes marques ; et là nous demeurâmes trois ou quatre jours. M. de Burie envoya à Villeneuve et à Monflanquin trois compagnies de gens d'armes , savoir : la sienne, celle de M. d'Argence et celle de M. de Carlus, lieutenant de M. de La Vauguyon. Ils mandèrent à M. de Burie qu'il leur envoyât quatre ou cinq cents hommes de pied, et qu'ils iraient combattre le capitaine Bordet qui venait de Saintonge avec trois cents chevaux, où il y avait vingt-six salades tous lanciers ; le demeurant étaient pistoliers et arquebusiers à cheval, et trois enseignes de gens de pied. Je me présentai à M. de Burie pour y aller, lequel me dit qu'il y voulait aller lui-même, et qu'il se voulait trouver à cette faction ; bref qu'il partirait sur la mi-nuit. Je ne lui voulus point contredire, pour crainte qu'il ne pensât que je voulusse tout faire, et gagner cet avantage sur lui, et me retirai à Estillac pour donner quelque ordre à ma maison, ayant su la mort de ma femme. Le lendemain, M. de Burie se trouva encore dans Agen, et le lendemain après. Cependant le Bordet passa, et alla gagner Montauban, où M. de Duras l'attendait. Je sais bien que M. d'Argence et ses compagnons avertirent trois ou quatre fois M. de Burie en hâte 15 m — :
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de leur envoyer les gens de pied qu'ils demandaient pour aller combattre, et crois fermement qu'il ne tint point à eux. Toutefois M. d'Argence est encore en vie, qui pourrait dire à qui en est la faute ; ce n'est pas à moi de le dire.
Après que je fus arrivé à Agen, nous conclûmes que nous irions assaillir le château de Pêne, car pendant que notre camp était aux environs d'Agen, nous arrivèrent les trois compagnies espagnoles que don Luis de Carbajal commandait en l'absence de son oncle don Juan de Carbajal, qui amena après les dix autres enseignes. Nous assiégeâmes le château par la tête, car par autre lieu nous ne le pouvions battre ; car c'est une place forte et d'assiette et de structure, et y tirâmes plus de trois cents coups de canon. Il y avait un grand terre-plein par derrière : ils avaient fait une tranchée dans le terre-plein, où leurs soldats se tenaient pour défendre la brèche, qui était difficile, car il fallait encore monter par des échelles sur le terre-plein. Or, la nuit, nous avions gagné la ville, car le capitaine Gharry et ses compagnons avaient mis le feu à la porte. Ceux de dedans, après l'avoir défendue longuement, se retirèrent dans le château : ils pouvaient être environ trois cents hommes. Or, je vins reconnaître la brèche par le côté des maisons de main droite, lesquelles je fis percer passant de l'une à l'autre, et la dernière était si près du château qu'il n'y avait que le chemin entre deux. J'aperçus un ressaut de pierre au flanc de main