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NOUVELLES DE GUYENNE

de mal en pis; et leur dis les raisons pour lesquelles il me semblait avoir connu que l'on ne demeurerait pas longtemps sans venir aux prises. Je n'y demeurai que cinq jours, dans lesquels arriva la nouvelle que les huguenots s'étaient élevés à ' Marmande, avaient tué les religieux de Saint-François, et brûlé le monastère; tout à coup d'autres nouvelles du massacre que les catholiques avaient fait à Gahors sur les huguenots, et celui de Grenade près de Toulouse. Puis après arriva la nouvelle de la mort de M. de Fumel, qui fut massacré fort cruellement par ses propres sujets qui étaient huguenots. Cela donna plus de travail à l'esprit de la reine que tout le reste, et connut bien Sa Majesté que ce quejelui avais prédit, qu'on ne demeurerait guère sans venir aux prises, était véritable. On demeura deux jours sans pouvoir résoudre par quel bout on pourrait commencer à éteindre ce feu : le roi de Navarre voulait que la reine écrivît des lettres à M. deBurie pour y donner ordre; la reine disait que si autre que lui n'y mettait la main, il ne s'y adonnerait point. La reine montrait qu'elle avait quelque soupçon de lui et je sais bien ce qu'elle m'en dit. Il faut peu de chose pour nous rendre suspects. Je connus aussi que le roi de Navarre ne me faisait pas si bon accueil comme auparavant; et je crois que cela venait de ce que je ne me rendais pas sujet à lui, et ne bougeais d'auprès de la reine. A la lin ils se résolurent de m'envoyer en Guyenne avec patentes et permission de lever gens à pied et

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à cheval pour courir sus aux uns et aux autres qui prendraient les armes. Je rejetai tant que je pus cette charge, connaissant bien que ce n'était pas œuvre achevée, mais œuvre qui s'allait commencer, et qu'il faudrait un bon maître pour y donner ordre, et demeurai pour ce coup-là constant à ne le prendre point. Le lendemain matin la reine et le roi de Navarre m'envoyèrent quérir, et commanda la reine à M. de Valence mon frère de me convertir à prendre cette charge. Et comme je fus devant eux, après plusieurs remontrances qu'ils me firent, je fus contraint de l'accepter, pourvu que M. de Burie fût compris en la commission : je voulais qu'il eût part au gâteau; la reine ne le voulait jamais, ne disant que trop de choses : tout leur est permis; mais je lui dis que si elle ne l'y comprenait, que lui, étant lieutenant du roi comme il était, qu'il me donnerait toutes les traverses qu'il pourrait pardessous main, pour empêcher que je ne fisse rien qui valût; ce qu'à la fin ils trouvèrent bon. Et la même charge qu'ils me baillèrent, ils en baillèrent autant à M. de Grussol pour la province du Languedoc, et nous commandèrent à tous deux que celui qui aurait fait le premier allât secourir son compagnon, s'il en avait besoin. M. de Grussol n'était non plus que moi de cette religion nouvelle, et je crois qu'il s'en fit plutôt pour quelque malcontentement que par dévotion, car il n'était pas grand théologien non plus que moi; mais j'en ai vu plusieurs par dépit se faire de cette religion, et après

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il leur en arrivait mal, et s'en sont bien repentis. Nous prîmes congé de la reine et du roi de Navarre tous deux ensemble, et allâmes à Paris, et M. de Valence avec nous. Je demandai deux conseillers de ce pays-là de France pour faire les procès, me doutant que ceux du pays ne feraient rien qui vaille, à cause que les uns voudraient soutenir les catholiques et les autres les huguenots; et me fut baillé les deux plus méchants hommes du royaume de France, qui étaient un Compain, conseiller du grand conseil, et un Girard, lieutenant du prévôt de l'hôtel, qui depuis n'ont pas acquis meilleure réputation qu'ils avaient auparavant : je me repentis d'en avoir demandé, mais je pensais bien faire. Ainsi je m'en vins en Gascogne en diligence.

[1562] Or je trouvai M. de Burie à Bordeaux, et lui baillai la patente. Toute la ville était bandée les uns contre les autres, et le parlement aussi, par ce que les huguenots voulaient que Ton prêchât ouvertement dedans, disant que par le colloque de Poissy il leur était permis ; les catholiques tout au contraire; de sorte que M. de Burie et moi demeurâmes tout un jour à les empêcher de venir aux mains, et arrêtâmes que nous lèverions quelques gens, et que, lorsque les commissaires seraient venus, nous marcherions droit à Fumel, car notre patente portait que nous commencerions par là. Or j'avais la puissance de lever des gens et les commander ; nous arrêtâmes de lever deux cents

arquebusiers et cent argoulets \ desquels je baillai la charge au jeune Tilladet, qui est aujourd'hui seigneur de Saincthorent. A peine eus-je demeuré quatre ou cinq jours en ma maison d'Estillac, qu'un ministre, nommé La Barelle, me vint trouver de la part de leurs églises, me disant que les églises avaient été fort aises de ma venue et de la charge que la reine m'avait baillée, et qu'ils s'assuraient d'avoir justice de ceux qui les avaient ainsi massacrés. Je lui répondis qu'il se pouvait tenir pour certain que ceux qui auraient tort seraient châtiés. Après il me dit qu'il avait charge des églises de me présenter un bon présent, duquel j'aurais occasion de me contenter. Je lui dis qu'il n'était pas besoin d'user de présents en mon endroit, car avec tous les présents du monde on ne me saurait faire faire choses contre mon devoir. Alors il me dit que les catholiques disaient qu'ils n'endureraient pas que l'on îït justice d'eux, et qu'il avait charge de me présenter, de par toutes les églises, quatre mille hommes de pied payés. Cette parole me commença à mettre en furie, et lui dis : « Et quelles gens et de quelle nation seront ces quatre mille hommes? » Alors il me répondit : « De ce pays ici, et des églises. » Sur quoi, je lui demandai s'il avait puissance de présenter les sujets du roi et les mettre aux champs sans commandement du roi, ou de la reine, qui gouverne

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