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MONTLUG ET LES MINISTRES

aujourd'hui le royaume, selon les états qui ont été tenus à Orléans. « 0 méchant, lui dis-je, je vois bien où vous voulez venir, c'est de mettre le royaume en division ; vous autres, messieurs les ministres, faites tout ceci sous couleur de l'Évangile. » Je commençai à jurer, et l'empoignai au collet, lui disant ces paroles : « Je ne sais qui me tient que je ne te pende moi-même à cette fenêtre, paillard^ car j'en ai étranglé de mes mains une vingtaine de plus gens de bien que toi. » Alors il me dit tout tremblant : « Monsieur, je vous supplie, laissez-moi aller trouver M. de Burie, car j'ai charge de par les églises d'aller parler à lui; et ne vous en prenez pas à moi qui porte la parole : nous ne le faisons que pour nous défendre. » Je lui dis qu'il allât à tous les diables, lui et tant de ministres qu'ils étaient. Et ainsi se départit de moi, ayant eu aussi belle peur qu'il eut jamais. Gela me décria fort parmi ces ministres, car c'était crime de lèsemajesté d'en toucher un.

Toutefois, quelque temps après, arriva un autre ministre, appelé Boisnormand, autrementLa Pierre, envoyé de la part de leurs églises, comme il disait, pour me prier que je voulusse accepter le présent et l'offre que La Barelle m'avait faite, disant que ce n'était pas pour l'intention que j'avais pensé, et que, sans qu'il coûtât au roi un seul liard, je pouvais rendre justice à l'une partie et à l'autre. Alors je pensai du tout perdre patience, et lui reprochai la levée des deniers qu'ils faisaient, et les enrôle-

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ments de gens; lequel me nia tout. Sur quoi je lui dis : « Et si je vous prouve qu'hier même vous enrôliez des gens à La Plume, que direz-vous? » Il me répondit que cela n'était pas de son su. Or il avait un soldat avec lui qui était de ma compagnie en Piémont, nommé Antraigues ; je tournai visage à lui, lui disant : «Voulez -vous nier, capitaine Antraigues, que vous n'enrôlassiez hier des hommes à La Plume? » Alors il se vit pris, et me dit que l'église de Nérac l'avait fait leur capitaine. Sur quoi je lui commençai à dire : « Et quel diable d'églises sont-ce ci, qui font les capitaines? » Je lui reprochai le bon traitement que je lui avais fait étant de ma compagnie, et leur défendis de ne venir plus devant moi pour me tenir le langage qu'ils m'avaient tenu, et que s'ils le faisaient, je n'aurais plus la patience que je ne misse les mains sur eux : et ainsi s'en allèrent. Ils commencèrent après à s'élever à Agen et à se faire maîtres de la ville, où étaient les seigneurs de Memy et Castel- Segrat; M. le sénéchal d'Agénois, Poton, y était aussi, qui faisait tout ce qu'il pouvait à pacifier les choses. Us vinrent devers moi, me priant d'aller à Agen, et qu'on me prêterait toute obéissance. Il y avait un ministre avec eux, qui en répondait sur son honneur, sur lequel je ne faisais pas grand fondement. M. le sénéchal y allait à la bonne foi; et je crois qu'il lui eût coûté la vie aussi bien qu'à moi, si j'y lusse allé, car il m'eût voulu défendre. Or ils firent tant que je leur promis d'y être le len-

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