‹ CommentairesChapitre 41 sur 126 · ATTAQUE DU CHATEAU DE PÊNE · texte numérisé non relu

ATTAQUE DU CHATEAU DE PÊNE

gagnèrent le second fort. Les ennemis se départirent en deux autres forts, c'est à savoir à la grande tour, et en un autre quartier de maison, à main gauche. Il fallait monter un degré de pierre où il y avait une basse-cour, entre ladite tour et l'autre fort, de sorte que nos gens furent contraints de mettre le feu à la porte de ladite basse-cour. Il y avait au bout du degré, contre la porte, un coin à main gauche où pouvaient demeurer quinze ou seize hommes ; le capitaine Gharry et le baron de Glermont y étaient, qui faisaient tirer au travers de la porte dans la basse-cour. Et comme la porte fut brûlée, elle tomba sur l'entrée d'icelle : j'étais à demi-degré, et, comme je vis la porte tombée, je dis au capitaine Charry qu'ils sautassent dedans à travers le feu ; ce qu'ils firent sans marchander ; il ne lui fallait pas dire deux fois, il ne craignait pas la mort. Je poussai ceux qui étaient devant moi sur le degré, bon gré mal gré, et ainsi nous entrâmes tous de furie, et ne trouvâmes dans la bassecour que femmes et filles ; tout en était rempli jusqu'aux étables. Ceux de la tour de l'autre fort de main gauche nous tiraient là dedans ; ils y tuèrent cinq ou six soldats : le capitaine Gharry y fut un peu blessé, et le sieur Bardachin aussi. Nous faisions descendre les femmes par ce degré de pierre ; les Espagnols qui étaient dans la grande basse-cour, au-dessous du degré, les tuaient, disant que c'étaient des Lutheranos déguisés. Nous redoublâmes l'assaut à ce fort de main gauche par

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une porte qu'il y avait, et par deux fenêtres, et l'emportâmes, passant au fil de l'épée tout ce qui se trouva dedans. Or, il nous fallait combattre après la grande tour, et la porte qui était au milieu. J'y laissai les capitaines qui n'étaient point blessés dans ce côté de main gauche, et dedans les écuries, pour les tenir assiégés. La fortune porta qu'ils avaient tous leurs vivres en ce dernier fort de main gauche, et n'avaient rien dans la grande tour : ce qui fut cause que sur l'entrée de la nuit ils se rendirent aux capitaines, la vie sauve. Les Espagnols étaient logés dans la ville, lesquels surent qu'ils s'étaient rendus, et que nos capitaines les menaient le matin à M. de Burie et à moi, qui étions logés à la maison de M. de Carlus, à une arquebusade du château. M. de Pons y était aussi, car il était venu avec M. de Burie. Nous baillâmes à quinze ou vingt soldats ces prisonniers, qui pouvaient être en nombre quarante ou cinquante. Les Espagnols les vinrent ôter à ces quinze ou vingt soldats, et les tuèrent tous, sauf deux serviteurs de Mme la maréchale de Saint-André, que j'avais retenus à mon logis. Il ne se trouva point, d'environ trois cents hommes qu'ils étaient, qu'il en échappât que les deux que je sauvai, et un qui descendit par la muraille avec une corde, parle château, et alla passer la rivière à la nage, ayant beaucoup de soldats après à coups d'arquebusades ; mais il se sauva miraculeusement en dépit de tous ; son heure n'était pas venue, car il lui fut tiré un monde d'ar-

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