CRUAUTÉ DES ESPAGNOLS
quebusades, sans qu'aucune portât. Je connus à cette heure que ces gens de don Luis étaient la plupart bisoignes i ; car les vieux soldats ne tuent pas les femmes, et ceux-là en tuèrent plus de quarante, et je m'en courrouçai à eux. Les capitaines en étaient marris, mais ils n'y purent donner ordre, car ils disaient que c'étaient des Lutheranos déguisés, parce qu'en fouillant quelqu'une pour se jouer avec elle, ils avaient trouvé que c'était un diacre esbarbat2, qui était habillé en femme. Voilà la prise de Pêne, qui n'était pas de petite importance, pour être une place très-forte, et dans un bon pays sur la rivière, où plusieurs mauvais garçons furent dépêchés, lesquels servirent de combler un puits bien profond qui était au château. Il se peut dire que tout le monde fit là son devoir, et M. de Burie, qui était toujours au canon, prenant autant de peine qu'homme de son âge eût su faire.
Or, comme le capitaine Bordet fut joint avec M. de Duras, leur camp commença à se renforcer, parce que ceux qui n'avaient bougé encore, sur l'espérance de l'arrivée dudit Bordet, il leur sembla que leurs affaires iraient bien, et se rendirent à leur armée. Or nous avions peur qu'une nuit ils nous emportassent Moissac ou bien Cahors, parce que les rivières étaient si basses que l'on les passait à gué. Je dis à M. de Burie qu'il nous fallait