CAHORS PRÉSERVÉ
semblant de vouloir passer. Je pense qu'ils attendaient le reste de leur armée, qui venait derrière eux. Ils ne s'efforcèrent pas davantage de passer. La nuit venant, M. de Saincthorent se retrancha avec des tonneaux, pierres et bois, et tout ce qui se trouvait : toute la ville travaillait, de sorte que le matin, les ennemis virent qu'il n'y ferait pas bon pour eux ; et, le reste de leur camp arrivé, ils se logèrent aux plus prochains villages de la rivière, et là demeurèrent quelques jours, et nous allâmes à Moissac. M. de Burie avait fait venir deux grandes coulevrines de Bordeaux, et deux pièces de campagne; nous laissâmes à Moissac les trois canons, et marchâmes vers Caussade, Mirabel et Réalville, où leur camp était retiré. Le roi nous avait envoyé M. de Malicorne, pour nous faire entendre comme les affaires se portaient en France, et aussi afin qu'il lui rapportât comment allaient celles de par deçà. Nous arrivâmes à Mirabel en deux ou trois jours, pendant lesquels je ne pouvais mettre en tête à M. de Burie qu'il nous fallait faire diligence pour les attraper, car on lui mettait toujours difficulté sur difficulté.
Or, faut-il que nous tous qui sommes en vie confessions que nous étions tous en peine de lui, parce qu'il avait toujours eu réputation de combattre, et était estimé bon capitaine, de quoi il avait fait preuve en beaucoup de lieux ; et nous le trouvions si dur et si lent, qu'il semblait à un chacun qu'il voulût fuir le combat et donner moyen à
l'ennemi de se sauver ; de façon que plusieurs le soupçonnaient, à cause que presque tous ses serviteurs, particulièrement un sien secrétaire qu'il aimait fort, étaient huguenots. Un sien maître d'hôtel basque, nommé Hactse, nous disait que volontiers, s'il eût été cru, M. de Burie eût changé de serviteurs, connaissant bien que l'on le soupçonnait à cause d'eux, et même les Espagnols, comme à la vérité cela était insupportable, pour le soupçon qu'il y avait que les ennemis ne fussent avertis de nos desseins. Je ne connus jamais aucun de ce parti qui ne voulût, quelque mine qu'il fît, la ruine de celui du roi. Quant à moi, je pense qu'il n'entra jamais rien de mauvais dans son cœur, et que ce qui le faisait ainsi tarder, c'était parce qu'on lui rompait les oreilles que je le ferais perdre. Comme nous arrivâmes à Pécornet, qui est à M. deTonneins, il se campa, et je marchai droit à Mirabel avec ma compagnie et une bonne troupe de gentilshommes, et envoyai mon fils le capitaine Montluc devant. Et comme il fut à Mirabel, il trouva que les ennemis ne faisaient que déloger, et avaient pris le chemin devers Gaussade : il les rencontra là, et en défit une troupe, et le reste se jeta dans deux ou trois maisons ; et, parce que cela était près de Gaussade où était leur camp, et qu'il n'avait point de gens de pied avec lui, il fut contraint de les laisser, et de se retirer à Mirabel, où je l'attendais. Or avais-je mandé à M. de Burie que je le priais de venir camper à Mirabel, n'y ayant de Pécornet à Mirabel qu'une