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ENTREPRISE SUR LECTOURE

donné une compagnie de recrue. Et promptement M. d'Ortubie et Predeville attelèrent trois canons, et je me mis devant à Moissac pour préparer les bateaux ; et à l'arrivée de l'artillerie ils trouvèrent les bateaux prêts, et toute la nuit ne fîmes que passer. J'envoyai un commissaire de village en village tenir des bœufs prêts, pour toujours rafraîchir les autres : puis me mis devant, et trouvai le capitaine Montluc qui avait assiégé la ville, et s'étaient rendus les quatre cents qui étaient à Terraube à lui, leur ayant promis la vie sauve.

Le capitaine Mesmes s'approcha jusqu'à la rivière de Bayse, à une lieue dudit Terraube ; et, entendant comme les autres étaient assiégés, il se recula par le même chemin qu'il venait, et se retira dans un petit village appelé Roquebrune, près de Vicfezensac. M. de Goas, mien neveu, qui avait été lieutenant de M. de la Mothe-Gondrin en Piémont, et avait épousé sa fille, s'était mis aux champs avec quelques gentilshommes ses voisins et des paysans au son de la cloche. Il se mit sur la queue» et le contraignit de se sauver dans ledit Roquebrune. La nuit les paysans se lassèrent de les tenir assiégés, et ils se dérobèrent presque tous; de sorte que le capitaine Mesmes s'en alla le matin en Béarn, d'où il était venu, conter des nouvelles des belles peurs qu'il avait eues.

Or M. d'Ortubie fit si grande diligence, qu'il fut le lendemain passé la rivière deux heures devant jour, et fut devant Lectoure ; et sur la pointe du

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jour, lui, M. de Fredeville, M. de La Motterouge et moi, allâmes reconnaître où nous mettrions l'artillerie, et avisâmes de la mettre sur une petite montagne du côté de la rivière, là où il y a un moulin à vent, pour battre du côté de la fontaine ; et là battîmes tout le jour, de sorte que la brèche fut faite de sept ou huit pas de long. Ils s'étaient retranchés par dedans, et avaient bastionné le bout des rues et le chemin qui va au long de la muraille, et percé deux ou trois maisons qui regardaient sur la brèche. Cependant que l'artillerie battait, je faisais faire des échelles pour donner Fassaut au boulevard qui flanquait la brèche , afin d'empêcher ceux du boulevard qu'ils ne pussent tirer à la brèche; et, parce qu'ils avaient environné ce boulevard de tonneaux et de gabions pleins de terre, et qu'aussi la brèche n'était pas encore raisonnable, je ne voulais pas faire cette nuit-là ce que je fis l'autre nuit après.

Le lendemain matin, je fis tirer à ces tonneaux et gabions et agrandir la brèche et la baisser : la nuit après nous nous mîmes en camisade, et j'ordonnai que le capitaine Montluc irait donner l'assaut de la brèche avec les deux compagnies du baron de Clermont, et celle du baron de Pourdeac, et la noblesse qui voudrait aller avec lui, entre lesquels était le comte de Gandale, jeune seigneur plein de bonne volonté ; aussi est-il mort depuis en une brèche en Languedoc, comme on m'a dit. Et quant à moi, je devais donner par les échelles au boule-

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