‹ CommentairesChapitre 51 sur 126 · ATTAQUE DE LECTOURE · texte numérisé non relu

ATTAQUE DE LECTOURE

vard avec la compagnie du sieur deBaretnau et une autre, et ma compagnie de gens -d'armes, que j'avais fait mettre à pied. Je fis prendre mes échelles, et mis devant le capitaine Montluc et sa troupe, allant sur leur queue voir quel effet ils feraient. Après moi venaient les échelles et ma troupe. Or ils les emportèrent d'une grande hardiesse, et entrèrent dedans, et commencèrent à combattre les remparts qu'ils avaient faits aux rues, et déjà étaient maîtres de l'un.

La nuit devant, ils avaient fait un fossé entre la brèche et les remparts, et y mirent une grande traînée de poudre, et par dedans une maison ils y devaient mettre le feu. Nous dressâmes les échelles, et montèrent deux enseignes jusqu'auprès du haut du bastion. Je faisais monter les soldats et achever de dresser les échelles : et comme nos gens de la brèche étaient presque maîtres des remparts, ceux de derrière, qui mirent les pieds dans le fossé de la traînée, qui était couverte de quelques fascines, commencèrent à crier : « Nous sommes dans la traînée, » et s'effrayèrent de telle sorte, que tous se renversèrent sur la brèche. Les premiers qui combattaient les remparts n'eurent autre remède que de se retirer , et là y fut blessé le capitaine La Roque, lieutenant et parent du baron de Pourdeac, lequel mourut le lendemain, un des vaillants gentilshommes qui sortît il y a cinquante ans de Gascogne. Il y en mourut aussi d'autres, et y en eut quelques-uns de blessés

de ceux qui donnaient par les échelles. Et comme ceux de la brèche furent retirés, je retirai les miens, bien aise d'en être échappés à si bon marché. Que s'ils eussent donné le feu de bonne heure, ils eussent fait une terrible fricassée.

Le lendemain M. d'Ortubie, le gouverneur de La Motterouge et moi, allâmes reconnaître de l'autre côté de la ville devers le petit boulevard, et nous ne sûmes trouver lieu que pour y mettre deux canons que bien malaisément, car cette ville est, pour une ville de guerre, des mieux assises de la Guyenne, et bien forte; et il y restait encore le petit boulevard qui flanquait cet endroit où nous voulions battre, qui nous empêcha de nous pouvoir bien résoudre. Et sur le midi M. d'Ortubie tourna battre encore par la brèche à quelques flancs qu'il y avait, parce que le lendemain je me résolus de donner l'assaut de plein jour : et en pointant un canon lui-même, il fut blessé à la cuisse d'un coup de fauconneau qui était sur le grand boulevard, ce qui me déconcerta fort, car c'était un vaillant capitaine, et qui entendait bien l'état de l'artillerie. Il mourut deux jours après. C'est la charge de notre métier la plus dangereuse : toutelois en tous les sièges où je me suis trouvé, j'étais toujours près du canon ; si je n'y étais, il me semblait que tout n?y allait pas bien. Celui-là entendait bien son métier, qui est une chose bien rare et périlleuse, comme j'ai dit : aussi n'en échappe-t-il guère de ceux qui se hasardent trop* Cependant les ennemis parle-

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