‹ CommentairesChapitre 53 sur 126 · MONTLUC RASSEMBLE SES FORGES · texte numérisé non relu

MONTLUC RASSEMBLE SES FORGES

ron de Glermont arriva avec les cinq enseignes et les Espagnols, et fit qu'ils passèrent la rivière sur deux grands bateaux, et allèrent coucher à Saint- Surban, près Fages, où ils n'arrivèrent qu'environ deux heures de nuit, et y trouvèrent logées les compagnies de M. de Burie, de Randan et de La Vauguyon. Et sans madame de Fages, mère de madame | de Lioux, ma belle-sœur, ils n'eussent rien mangé de toute cette nuit ; mais elle montra qu'elle était femme d'un brave capitaine, qui était feu M. de Fages, car elle leur distribua tout le pain qu'elle avait, et six ou sept poinçons de vin, et toute la nuit ne fit faire autre chose que cuire pain, et tous . les lards et autres choses de sa provision, sans dormir de toute la nuit, et ne fut à son aise qu'ils n'eussent repu.

Le matin, qui était le jeudi, je passai la rivière de Dordogne à gué, car l'eau était guéable en deux endroits où on me mena. Et en tout je n'avais que \ quarante ou quarante-cinq chevaux. Et sur mon' départ de Civrac, j'eus réponse de M. de Burie, lequel me mandait qu'il était bien aise de mon arrivée, et que j'eusse pris Lectoure; toutefois que de passer la Dordogne, il n'en était point d'aviSj car les ennemis étaient plus forts que nous, et qu'il fallait regarder si nous nous pourrions joindre avec M. de Montpensier, et après, que ledit sieur aviserait si nous devions combattre ou non. Soudain je me mis en furie, me doutant que nous ferions comme à Mirabel, et fus conseillé des sieurs

qui étaient avec moi d'envoyer protester contre lui s'il ne passait la rivière, et que je m'allais engager au combat; ce que je ne voulus faire, mais bien envoyai protester par Seignan, homme d armes de ma compagnie, contre MM. d'Ame, du Masses et de Gharry, mestre de camp, lesquels incontinent allèrent trouver M. de Burie, et lui dirent que, quant à eux, ils étaient résolus de passer la rivière, et qu'ils ne voulaient point qu'ils leur fût reproché devant M. de Montpensier, lequel déjà nous tenions pour notre chef; et quant et quant firent sonnerleurs trompettes, et le capitaine Charry mettre les enseignes aux champs, alors il se prépara de partir. Le capitaine Charry se mit devant selon sa coutume avec les gens de pied sur la rivière, et promptement fit un pont de charrettes et

passa à la hâte.

Je n'arrêtai point à Saint-Subrou sous Fages, et parlai avec MM. d'Argence et du Courre, et les priai monter achevai, et que j'avais prié M. de Burie de venir, qu'il fallait combattre sur le midi. Ils me promirent qu'ils monteraient à cheval, mais qu'il fallait qu'ils envoyassent un homme en poste vers M. de Burie pour l'avertir. Je dis au baron de Clermontque promptement il fît repaître ses soldats et à M. de Durfort les Espagnols, et qu'ils me suivissent au passage de la Vezère. Et comme je parlais à eux, arriva Seignan, car il était parti dès la minuit pour aller parler à M. de Burie, et me dit qu'il avait laissé M. d'Arne et le capitaine du

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