NOUVELLES DE M. DE DURAS Ï
Masses, qui commençaient à marcher, et que le capitaine Charry passait la rivière. Je me mis devant. Or de Fages jusqu'au passage de la Vezère n'y a qu'une grande lieue. Je fus bientôt sur le passage, et trouvai des paysans qui venaient de leur camp de chercher quelques ânes que les ennemis leur avaient pris, et me dirent que les ennemis délogeaient de trois ou quatre villages où ils avaient campé cette nuit-là, où il n'y avait que demi-lieue. Je passai, et envoyai M. de Fontenilles avec trois ou quatre chevaux, pour prendre langue la nuit. ; MM. d'Argence et du Courre avaient envoyé le maréchal des logis de M. deRandan à la guerre, et se rencontrèrent M. de Fontenilles et lui : or le maréchal des logis lui assura avoir vu déloger le camp et marcher. Et comme Dieu veut aider ou punir les gens quand il lui plaît, il n'y avait de là où il était délogé que deux petites lieues jusqu'à Ver, et de Ver deux petites jusqu'au passage de la rivière de Tlsle, là où ils avaient fait état de le passer ce jour-là ; mais parce qu'ils vojaient que M. de Montpensier était à Bergerac avec bien peu de forces, et M. de Burie aux Mirandes, ils ne se voulurent pas hâter, parce qu'ils avaient deux bons logis entre deux, Ver pour les gens de pied et l'artillerie, et Saint-Andras et deux ou trois autres villages pour la cavalerie, et ne savaient aucunes nouvelles de moi. Il leur eût plus valu s'incommoder pour se mettre en sûreté.
M. de Burie arriva, ayant seulement avec lui deux
ou trois chevaux, et me trouva que je parlais avec le maréchal des logis, qui me disait que les ennemis s'en allaient passer la rivière de Flsle, ainsi que lui avait dit un prisonnier qu'il avait pris, et des paysans qui venaient de leur camp, et que de là ils s'en allaient en France trouver M. le prince de Condé. Alors je dis à M. de Burie qu'il se fallait hâter de combattre ce jour-là; il me répondit que M. de Montpensier serait marri si nous ne l'attendions. Je répliquai qu'il était si loin de nous, qu'à peine nous pourrions nous joindre ce jour-là, et qu'il ne fallait pas arrêter pour cela à les combattre, et que si nous les laissions passer la rivière et se joindre avec M. de La Rochefoucauld, qui les attendait vers Saint- Jean-d'Angely avec des forces, que le roi et la reine auraient tout jamais moins d'estime de nous, n'étant pas dignes d'être jamais mis au rang des gens de bien. « Je vous réponds qu'ils sont à nous, mon bon ange me le dit. » Et comme nous étions en cette dispute, arriva le capitaine Charry, et commençai à découvrir ses gens qui descendaient une petite montagne qui venait sur la Vezère de l'autre côté. Je vis venir aussi les cornettes du roi de Navarre, et de M. de Termes ; je voyais aussi descendre en même temps les trois cornettes de M. de Burie, de Randan et de La Vauguyon. Tout cela me réjouit fort, et dis à M. de Burie qu'il fallait tout à coup marcher et nous jeter sur la queue, et qu'au passer de la rivière de l'Isle notas les combattrions. Il me dit qu'il ne tien-