PRISE DU CAPITAINE SALIGNAC
eût ennemi à deux lieues de là. M. de Montferrand donna dans la clôture de la maison, et de prime arrivée prit Salignac et Moncaut; ils forcèrent une chambre basse, là où se retirèrent quelques-uns, et tuèrent ce qui se trouva dedans : M. de Gancon était avec moi. Le serviteur de M. de Saint-Alvère me dit que je me retirasse, et que les trois cornettes qui étaient au village étaient des meilleures de leur camp, car c'était la troupe de M. de Tors, qui était venu avec le capitaine Bordet. Je le crus, et nous retirâmes au même logis, et trouvâmes que M. de Burie avait passé s'allant loger à Saint-Alvère, et le camp passait à la file. J'arrêtai les cinq enseignes que j'avais à Lectoure, et les Espagnols mutinés, et les logeâmes pêle-mêle parmi nous. De chair, de vin et de châtaignes, nous en trouvâmes assez: je recouvrai quelques grands pains noirs qu'ils font en ce pays-là, et les baillai aux Espagnols, puis m'en allai, sans descendre, trouver M. de Burie, et n'amenai que M. de Montferrand, qui amena le capitaine Salignac qui était son prisonnier. Je le trouvai logé au château de M. de Saint-Alvère, et lui dis : .« Monsieur, j'ai pris un de vos grands mignons du temps passé, le capitaine Salignac que voici. » Il me demanda où je l'avais pris ; je lui dis que c'était dans le camp des ennemis. Il pensait que le camp fût à trois lieues de là vers le passage de la rivière de Flsle, et me demanda où était leur camp ; je lui dis qu'il était auprès de nous, et que nous étions campés pèle-
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mêle. Alors il me sembla qu'il le trouva étrange, et lui dis ces mots : « Monsieur, il faut que vous montriez que le proverbe de nos auteurs est véritable, que jamais un bon cheval ne se rend. Par ainsi, résolvez-vous à combattre demain matin, et mandez à toute la gendarmerie (laquelle n'était pas encore descendue) qu'ils repassent la bride en la main? et que personne ne se désarme; car nous sommes si près que nous ne pouvons reculer le combat. » J'aperçus en disant cela M. de Saint- Alvère, et lui dis qu'il fît venir le serviteur qu'il avait baillé à ses neveux pour les ramener au camp des ennemis, car il était demeuré bas à l'entrée du château ; ce qu'il fit, et comme il fut venu? je lui dis qu'il dît à M. de Burie où était logé leur camp, lequel lui dit lieu pour lieu. Alors M. de Saint-Alvère lui dit : « Vous êtes logés à quatre arquebusades les uns des autres, sauf l'infanterie qui esta Ver, là où il y a une lieue et demie d'ici à Saint-Andras, où est M. de Duras, qui tient jusqu'auprès d'ici. » Alors M. de Burie dit : « Je vois bien que nous sommes engagés à une bataille ; mais, puisqu'il est ainsi, il le faut boire et combattre, » Je vis qu'il se réjouit, de quoi je fus fort aise, et lui dis, en l'embrassant, ces mots : « Monsieur, si nous devions mourir, nous ne pourrions plus honorer notre mort, que de mourir en une bataille, faisant service à notre roi. » Il me répondit : « C'est la moindre peur que j'aie ; pour mo ce n'est rien, mais je crains la perte du pays. » Je