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SÉCURITÉ DE M. DE DURAS

le priai qu'à la pointe du jour tout le monde ût à cheval, et qu'il fallait dire comme l'Italien : Chi asalta vince : c'est l'attaquant qui est vainqueur. Et sur cet arrêt lui donnai le bon soir, et m'en retournai à mon quartier, le laissant bien résolu au combat.

Toute la nuit nous demeurâmes armés, nos chevaux sellés; leurs sentinelles et les nôtres s'entendaient les uns les autres. Nous fûmes au point du jour à cheval, et j'envoyai voir si M. de Burie était prêt, et dire que son chemin était de passer où j'étais. Il me manda qu'il s'acheminait tout incontinent que le camp serait prêt à marcher. Et cependant je marchai droit à Saint-Andras , et trouvai que M. de Duras était délogé et était à Ver. Je mis M. de Fontenilles avec vingt-cinq chevaux devant moi, et lui dis qu'il fît halte à l'entrée d'un petit bois qui est au-dessus de Ver, et que je ferais halte à un petit village, quatre ou cinq arquebusades en deçà, attendant M. de Burie. M. de Duras ne se hâtait aucunement, et pensait que le camp fût encore sur la Vezère, et que ceux-là qui avaient pris le soir Salignac étaient des coureurs. M. de Fontenilles me manda qu'il avait envoyé deux salades découvrir, lesquelles lui avaient rapporté que leur camp était tout en bataille dans les prés de Ver. Je mandai à M. de Burie de se hâter et faire hâter quatre pièces de campagne qu'il menait; ce qu'il fit. Et comme je fus averti qu'il était à demi mille de moi, je marchai droit à M. de Fontenilles, où

les trois compagnies de gens d'armes, savoir, celles de M. de Burie, de MM. de Randan et de La Vauguyon, se mirent devant pour se joindre à moi ; mais ils se trompèrent de chemin, et allèrent droit à la vue de Ver, par des châtaigniers ; ils pensaient que je fasse déjà à Ver, et ne se donnèrent garde qu'ils se trouvèrent sur les bras des ennemis, ayant une compagnie d'argoulets que le capitaine Pechié de Perigord commandait. Et comme je fus au bout du bois, je dis à M. de Fontenilles qu'il s'avançât, ce qu'il fit : dont bien nous en prit, car il arriva à point nommé sur une charge que le capitaine Bordet fit sur les trois compagnies, avec cent ou cent vingt chevaux , tous lanciers. Et comme les argoulets du capitaine Pechié virent venir la charge, ils se mirent en fuite presque dans toutes les compagnies. La charge fut si rude, que d'abord toutes les trois compagnies étaient ébranlées. M. d'Argence se remarqua fort là, et me dit-on que sans lui tout aurait pris la fuite. M. de Fontenilles, avec vingt-cinq lances seulement qu'il avait, donna de cul et de tête, et firent reprendre la fuite aux ennemis par aventure trois cents pas; puis après ils firent halte, et les nôtres aussi. J'arrivai sur cela, et les ennemis se mirent dans leurs autres troupes de gens à cheval. 11 y eut là plus de vingt lances rompues , et à cette charge tout le camp des ennemis fit halte. Je pris M. de Montferrand tout seul, et allai reconnaître les ennemis tout à mon aise: je vis qu'ils commençaient à s'a-

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