DISPOSITION DES TROUPES
cheminer les tambourins sonnant, et vis qu'ils avaient laissé à main gauche, en un arrière-coin, des arquebusiers à pied et à cheval, et à main droite , en un petit bois , des arquebusiers à pied.
Cependant M. de Burie arriva : je lui dis tout ce que j'avais vu, le priant de faire avancer ses quatre pièces sur le bord d'un fossé, et qu'il fît tirer à l'arrière-coin : ce qu'il fit, trouvant mon avis bon. Je dis à M. du Masses qu'il se jetât à main droite, du côté d'une petite montée qu'il y a, et fis mettre la compagnie du roi de Naverre et la mienne à main gauche, tirant à l'arrière-coin , comme je fis aussi les trois compagnies de M. de Burie, de Randan et de La Vauguyon, au milieu dans le pré. M. de Burie commença à faire tirer. Et comme cet ordre fut mis, voici arriver tous nos gens de pied ensemble, les Gascons devant et les Espagnols après, à quatre-vingts ou cent pas les uns des autres. Je vins aux Espagnols, et parlai au sieur Luis de Carbajal et à toute leur troupe, le moins mal que je pus, en espagnol, car pendant les guerres j'avais retenu quelque peu de leur langage. Vous, messieurs, qui avez le moyen et qui voulez pousser vos enfants, croyez que c'est une bonne chose de leur faire apprendre, s'il est possible, les langues étrangères : cela sert fort, soit pour passer, soit pour se sauver, soit pour négocier, et pour leur gagner le cœur. Je parlai donc à eux en cette manière; la nuit j'y
142 COMMENTAIRES DE MONTLUG
avais rêvassé, et ai eu ce don de Dieu , encore que je ne sois pas grand clerc, de me savoir bien exprimer quand j'en ai eu besoin.
« Souvenez-vous, mes compagnons, tels en effet vous puis-je ainsi appeler, puisque nous combattons sous mêmes enseignes, souvenez-vous de la grande et belle réputation dont votre nation s'est fait remarquer par tout le monde, ayant eu si souvent tant de belles et grandes victoires, tant contre les Turcs, Maures et Barbares, que contre les chrétiens : vous nous avez fait souvent sentir ce que vaut l'infanterie espagnole, laquelle parmi toute celle du monde tient le premier lieu. Puisque Dieu a voulu que nous, qui étions, il n'y a pas trois jours, ennemis, combattions sous même bannière, faites paraître que l'opinion que nous avons de vous n'est pas vaine. Les soldats français auront l'œil sur vous ; ils désirent vous devancer : faites à qui mieux mieux, autrement pour jamais vous déshonorerez la nation espagnole. Le roi votre maître, sachant le devoir que vous aurez fait, vous en saura meilleur gré que si vous combattiez pour lui-même, car c'est pour la querelle de Dieu; c'est contre les Lutheranos, qui vous mettront en mille pièces si vous tombez entre leurs mains. Que si cette seule occasion ne vous presse d'aller de bon cœur et allègrement au combat, il n'y a rien au monde qui vous doive enfler le cœur. Il me semble que si je combattais dans les Espagnes, que mes bras se raidiraient au double. Vous êtes