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HARANGUE AUX ESPAGNOLS

mes compagnons en France , qui se réjouit de votre venue, qui attend de votre secours beaucoup de bien, et qui nous fait espérer que quelque jour ces deux grands royaumes, joints ensemble, iront jeter le Turc de son siège. Or sus donc, mes compagnons, sus, aux armes ! Si ce n'était que je ne veux dérober l'honneur au seigneur don Luis, je me mettrais à la tête de votre bataillon, la pique au poing, pour vous voir manier les mains; mais je n'en serai pas fort éloigné, pour voir si vous avez retenu ce que vos pères savaient faire, comme j'ai vu en Italie, Piémont, Roussillon et Fontarabie. Il me tarde que le jour de demain ne soit arrivé, afin d'avertir notre roi et le vôtre du bon devoir que vous aurez fait contre ceux qui sont cent fois pires que les Maures de Barbarie, ayant rompu les croix, les autels, et pollué les églises de Dieu bâties par nos ancêtres, et dont je m'assure que vous ferez la vengeance. No quieren vuestras mercèdes nos otros que seamos hermanos y compagneros por todas las fouerças nouestras por honra de Dios y protection del rey Christianissimo hermano del rey Catholico *. Alors le seigneur don Luis me dit: Créa vuestra merced que nos avemos bien apelear del premero asta el postrero, y quanto averemo una gotta di sangre nellos cuerpos. Nos tarda el

1. Messieurs, voulez-vous que nous devenions frères et compagnons en combattant de toutes nos forces pour la gloire de Dieu et la défense du roi Très-Chrétien, frère du roi Catholique.

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tiempo que non veiamos a las manos contre los hereges*.

Lors je les priai tous en signe d'allégresse de lever la main; ce qu'ils firent après iavoir baisé la terre. Puis je retournai aux Gascons, et dis à M. de Charry qu'il remontât à cheval, et que je voulais qu'il menât tous les arquebusiers à cheval au côté gauche de moi, afin de les faire descendre à l'heure que je le commanderais; ce qu'il fit. Et alors je lis une remontrance aux Gascons, et leur dis qu'il y avait une dispute de longue main entre les Espagnols et les Gascons, et qu'il fallait à ce coup en vider le procès commencé il y a plus de cinquante ans ; c'était que les Espagnols disaient qu'ils étaient plus vaillants que les Gascons, et les Gascons qu'ils en étaient plus que les Espagnols; et que, puisque Dieu nous avait fait la grâce de nous trouver en cette occasion en même combat et sous mêmes enseignes, qu'il fallait que l'honneur nous en demeurât. « Je suis Gascon, je renie la patrie, et ne m'en dirai jamais plus, si aujourd'hui vous ne gagnez le procès à force de combattre ; et vous verrez que je serai bon avocat en cette cause. Ils sont bravaches, et leur semble qu'il n'y a rien de vaillant qu'eux au monde. Or, mes amis, montrez-leur ce que vous savez faire, et s'ils frappent un coup,

1. Soyez persuadés, messieurs, que nous combattrons depuis le premier jusqu'au dernier, et tant que nous aurons une goutte de sang dans les veines. Il nous tarde de nous voir aux mains avec les hérétiques.

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