HARANGUE AUX GASCONS
donnez-en quatre. Vous avez plus d'occasion qu'eux, car vous combattes pour votre roi, pour vos autels et pour vous foyers : si vous étiez vaincus, outre la honte, votre pays est perdu pour jamais, et, qui pis est, votre religion. Je m'assure que je ne serai pas en peine de mettre la main dans les reins de ceux qui les montreront à nos ennemis, et que vous ferez tous votre devoir. Ce ne sont que gens ramassés, gens qui ont déjà accoutumé d'être battus, et qui ont déjà peur d'avoir les bourreaux sur leurs épaules, tant la conscience les accuse. Vous n'êtes pas ainsi, qui combattez pour l'honneur de Dieu, service de votre roi et repos de la patrie. » Sur quoi je leur commandai que tout le monde levât la main. Sur cette opinion, ils la levèrent et commencèrent à crier tous d'une voix : « Laissez-nous aller, car nous n'arrêterons jamais que nous ne soyons aux épées : » et baisèrent la terre. Les Espagnols s'accostèrent des nôtres. Je leur dis qu'ils marchassent seulement le pas sans se mettre hors d'haleine. Je m'en courus à la gendarmerie , troupe à troupe, et les priai de s'acheminer seulement le petit pas, leur disant: « Ce n'est pas à vous, messieurs, à qui il faut par belles remontrances mettre le cœur au ventre; je sais que vous n'en avez pas besoin : il n'y a noblesse en France qui égale celle de notre Gascogne. A eux donc, mes amis, à eux : et vous verrez comme je vous suivrai. »
M. de Burie monta lors sur un grand cheval, s'é-
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tant armé derrière l'artillerie : je lui dis que s'il lui plaisait de marcher devant les gens de pied avec l'artillerie, les trois compagnies lui seraient à côté, et il ferait la bataille : ce qu'il m'accorda promptement,et à la vérité je ne lui vis jamais faire si bonne mine, ni montrer plus belle résolution pour venir combattre: ilne me contredit jamais en aucune chose, tout ainsi que si j'eusse tenu sa place. Et me dit-on qu'il avait dit : « Cet homme est heureux, laissons-le faire. » Et comme toute l'armée commença à marcher en cet ordre, je courus au galop, M. de Montferrand, et le sieur de Cajelles, qui est de la maison de Mongairal, et à présent chevalier de l'Ordre , avec moi ; et n'arrêtai que je ne fus à moins de trente ou quarante pas de cinq ou six chevaux qui étaient sous un arbre. Le sieur de Puch de Pardaillan m'a dit depuis que c'était M. de Duras, Le Bordet et lui, le capitaine Peyralongue, et un autre, du nom duquel il me souvient. Ledit capitaine Peyralongue était leur mestre de camp de gens de pied; et à la charge que le capitaine Bordet avait faite, ils avaient pris un archer de la compagnie de M. de Bandan, et le menèrent prisonnier tout auprès de cet arbre, et lui donnèrent deux pistolades de sangfroid; et, n'étant point encore mort, le capitaine Peyralongue lui demanda qui était en notre camp, et qui commandait : alors il lui dit que j'étais arrivé et que je commandais, se remettant M. de Burie sur moi, sachant bien qu'ils en seraient en