COMBAT DE VER
frayeur. Il s'en alla à M. de Duras, qui était sous cet arbre à dix pas de l'archer, lequel y vint, et lui demanda si j'étais à notre camp : il lui dit que oui, et que j'étais arrivé le soir devant, ayant pris Leetoure, dont ils furent ébahis. Alors ils tournèrent tout court à leur troupe , qui n'allait que le petit pas et n'était pas encore hors des prairies; je connus qu'à leur arrivée leurs gens de pied commencèrent à doubler le pas, et dis à M. de Montferrand : « Voyez-vous ces cinq chevaux qui étaient sous l'arbre? ils sont courus faire avancer de cheminer leurs gens. Voyez-vous comme ils allongent le pas?» Alors je tournai au galop à la troupe où était M. d'Argence, et lui dis : « 0 monsieur d'Argence mon compagnon, voilà nos ennemis en peur: à peine de ma vie, la victoire est nôtre. » Et criai tout haut : « 0 gentilshommes, ne pensons à autre chose qu'à tuer, car nos ennemis sont en peur, et ne nous feront d'aujourd'hui tête; allons seulement hardiment au combat, ils sont à nous : cent fois j'ai essayé le même, ils ne veulent que couler.» J'embrassai les capitaines, puis courus rapidement au capitaine Masses, et lui en dis autant. Puis retournai au capitaine Arne, et aux gentilshommes qui étaient sous ma cornette étant venus avec ma compagnie, et commençâmes à marcher au grand pas et demi trot. Je courus encore vers les ennemis, étant tout en sueur, n'ayant que M. de Montfêrrand; et comme je fus près d'eux, je voyais la mine qu'ils tenaient, qui était d'avancer fort le
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pas, pensant gagner une petite montagne qu'il y avait; et d'autre part je voyais venir les nôtres en furie. Je voyais leurs cornettes de gens à cheval : les uns allaient, les autres tournaient. Je voyais trois ou quatre chevaux parmi les gens de pied, et connaissais bien à leur façon qu'ils faisaient hâter leurs gens. Alors je tournai aux nôtres, et leur commençai à crier : « Les voilà en peur! les voilà en peur! Prenons-les au mot, mes compagnons, prenons-les au mot, afin qu'ils ne s'en dédisent : ce sont des poltrons; ils tremblent seulement de nous voir. » Je mandai à M. de Burie qu'il laissât là l'artillerie, et qu'il s'avançât pour se jeter dans l'escadron de trois compagnies; et commençâmes à aller au grand trot droit à eux. Aucuns me criaient d'attendre les gens de pied; mais je répondais qu'il ne leur fallait pas laisser gagner la montagne, car là ils nous feraient tête, et combattraient à leur avantage. Il me souvenait toujours de Targon, où ils nous avaient fait tête sur la montagne, et fallut que nous les combattissions de bas en haut; que s'iîs fussent descendus nous combattre, nous étions défaits. Nos gens de pied faisaient bien toute la diligence que gens de pied pouvaient faire. Et comme ils virent qu'ils ne pouvaient gagner la montagne, ils rallièrent 1000 ou 1200 vieux soldats qu'ils avaient à leur artillerie : c'étaient ceux-là qu'ils avaient laissés à l'arrièrecoin où M, de Burie avait fait tirer; et allaient ainsi le grand trot toutes les troupes côte à côte.