‹ CommentairesChapitre 62 sur 126 · COMBAT DE VER · texte numérisé non relu

COMBAT DE VER

Et comme nous fûmes à deux cents pas les uns des autres, je commençai à crier : « Charge, charge ! » Je n'eus sitôt fait le cri , que nous voilà tout pêle-mêle dans leurs gens de pied et gens à cheval, sauf le capitaine Masses; car, comme il vit tous leurs gens renversés, il voyait une grande troupe bien près de la montée qui ne bougeait, qui étaient ceux que j'ai dit à l'artillerie, et ne chargea jusqu'à ce qu'il fut auprès d'eux, et alors il donna dedans. M. de Fontenilles , qui rallia quelques-uns, s'y trouva; et là furent tous défaits, et l'artillerie prise. Nous exécutâmes la victoire tout au long dans la plaine et par les vignes. Il s'en jeta force dans un bois à main gauche, et montaient sur les châtaigniers; les Espagnols et les Gascons leur tiraient comme ceux qui tirent aux oiseaux. Il me servit d'être bien armé, car trois piquiers me tenaient enferré et bien en peine; mais le capitaine Baretnau le jeune, et deux autres, me dégagèrent; et y eut le dit Baretnau son cheval tué, et le mien blessé au nez et à la tête de coups de piques, car mon cheval m'avait porté dans leur bataillon, et n'avais connu jamais qu'il eût mauvaise bouche que ce coup-là, qu'il me faillit faire perdre. Le capitaine Àrne et Bourdillon y furent blessés tout contre moi; cela fut cause que je ne me pus plus rallier dans la cavalerie, car elle chassait du côté de main gauche, et moi avec quinze ou vingt chevaux qui s'étaient ralliés, chassions à main droite vers un village, où il en

150 COMMENTAIRES DE MONTLUG

fut tué trente ou quarante ; et là je fis un peu halte pour prendre haleine, puis retournai à l'artillerie gagnée, et là trouvai M. de Burie, où nous attendîmes le retour de nos gens qui chassaient encore, et les ralliâmes. Nous trouvâmes qu'il y avait J de nos gens qui avaient chassé deux grandes lieues; et retournâmes loger à Ver, environ deux heures après midi, renvoyant du bétail pour amener l'artillerie gagnée ; et demeurâmes à Ver tout le lendemain. 11 ne s'en fallut que de bien peu que les fuyants ne rencontrassent M. de Montpensier qui s'allait mettre à Mucidan, se pensant joindre avec nous. Que si Dieu l'eût voulu , tout était achevé, encore qu'il n'eût guère de forces avec lui; car gens qui s'enfuient ne tournent guère visage, et tout leur fait peur : il leur semble que des buissons sont des escadrons. Ce qui se sauva, qui fut bien peu de gens de pied, se rallia avec leurs gens de cheval, et cheminèrent tout le demeurant du jour et de la nuit, tirant vers la Saintonge porter cette triste nouvelle. De vingt-trois enseignes qu'ils avaient de gens de pied, les dix-neuf nous demeurèrent, et de treize cornettes de gens de cheval, les cinq, lesquelles nous envoyâmes à M. de Montpensier, le reconnaissant tous pour notre chef. Les villageois en tuèrent encore plus que nous; car la nuit ils se dérobèrent pour se retirer en leurs maisons, et se cachaient dans les bois; mais comme ils étaient découverts, hommes et femmes leur couraient sus, et ne savaient où se cacher. Il

Page 1