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SIÈGE DE MONTAUBAN

de cette religion, car tout le monde allait à la messe et aux processions, assistant au service divin ; et les ministres, trompettes de tout ce boute-feu, avaient vidé, car ils savaient bien qu'en quelque coin qu'ils fussent, je les attraperais, et leur ferais bonne guerre.

Étant arrivé à Agen, je fus averti que M. de Ter- N ride s'était allé engager devant Montauban avec l'artillerie de Toulouse et les deux compagnies de Bazordan, que j'avais laissées pour prendre garde au pays, et sept ou huit autres que la ville de Toulouse avait faites, et ce fut incontinent après qu'il eut entendu le 'gain de notre bataille. Et comme j'eus séjourné huit jours, M. le cardinal d'Armagnac, qui pour lors commandait à Toulouse, m'envoya prier, ainsi que toute la cour de parlement, de vouloir aller à Montauban, leur semblant que les affaires allaient fort en longueur, et ils avaient presque perdu l'espérance. Je partis incontinent, et m'en allai droit à Toulouse; j'y trouvai une lettre qu'un mien ami m'écrivait, par laquelle il me mandait que M. de Terride avait écrit une lettre à M. le cardinal, et une autre à la cour, et aux capitouls une autre, par laquelle leur mandait qu'il avait entendu qu'ils m'avaient envoyé quérir pour aller commander au siège de Montauban, et qu'en cela ils lui faisaient un grand tort et le touchaient de son honneur, et qu'après qu'il avait battu le buisson, les autres prendraient la proie. Voilà le contenu des lettres que le capitaine Bi-

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donnet avait apportées. Étant à Toulouse, je fus fort pressé d'y aller; mais je répondis à M. le cardinal et autres que je ne voulais point faire ce tort à un mien compagnon ; car, selon le contenu de ses lettres, il se tenait assuré de prendre la place. Et comme ils virent que je n'en voulais point prendre la charge, ils me prièrent à tout le moins que j'allasse jusque-là, voir comme tout y passait : ce que je fis. M. de Terride me montra tout ce qu'il avait fait, et je trouvai qu'en douze jours qu'il avait demeuré devant, il ne s'était pas fait œuvre de deux jours, et connus bien que le commencement n'avait guère été bon, me doutant que la fin en serait pire; car je trouvai qu'il avait abandonné le faubourg Saint-Antoine, qui est sur la venue devers Gaussade, par où on entrait et sortait dans la ville tout ce qu'on voulait. Il avait été contraint de ce faire, parce que les soldats le laissaient tous depuis la mort du capitaine Bazordan qui avait été tué, et lui servait de mestre de camp : et j'ai bien opinion, comme ont beaucoup d'autres, que sans sa mort les choses fussent allées mieux, car c'était une sage tête et homme de guerre. Il ne faut pas trouver étrange si M. de Terride n'entendait guère à assiéger places, car je veux maintenir qu'il n'y a homme qui l'entende qu'un maître de l'artillerie qui longuement aura pratiqué, et les commissaires de l'artillerie, un ingénieur, le mestre de camp et le colonel, si ce sont vieux soldats; car en ces charges il faut qu'ils aient vu souvent telles cho-

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