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L'ORDRE RÉTABLI A BORDEAUX

gèrent tous d'opinion. Et sur les quatre heures je me rendis à l'archevêché, où j'avais assigné tout le clergé, et là leur fis une remontrance selon l'état de l'Église, comme j'avais fait aux autres, chacun pour le sien ; de sorte qu'en ce jour-là j'apaisai la ville. Et le lendemain, commençâmes d'entrer sur l'ordre qu'il fallait tenir pour faire que la pacification y durât; et je fis si bien qu'en trois jours toutes choses changèrent en paix et bonne union. Je veux dire, et au témoignage de toute la ville de Bordeaux, que si j'eusse fait autrement, la ville était détruite ; car il ne faut venir à la violence lorsqu'on y peut procéder par autre moyen, vu surtout que c'était division entre les catholiques, ou pour le moins qui s'en disaient, car je ne suis pas Dieu, pour lire dans leur cœur.

0 que le roi doit bien regarder à qui il baille les gouvernements, et que surtout il élise des personnes qui aient été gouverneurs autrefois de quelques places ; car si par une longue expérience il n'est coutumier d'avoir telles charges, il court un grand péril pour l'état du pays et de la ville où de tels inconvénients adviennent. J'avais été gouverneur de Moncalier, d'Albe, et lieutenant du roi à Sienne, et après à Montalsin : tant de diverses choses que j'avais expérimentées là, m'avaient appris à connaître et prévoir la ruine ou le salut d'une place ; et sans l'expérience que j'avais, je me doute que j'eusse pris le chemin de l'exécution, car mon naturel tendait plus à remuer les mains qu'à

pacifier les affaires, aimant mieux frapper et jouer des couteaux que faire des harangues; mais la prudence me gagna pour ce coup. Il n'est pas besoin de se laisser emporter à son naturel et à sa passion, car les affaires du maître vont alors mal. Il y avait assez de gens en cette ville-là qui eussent voulu remuer besogne, en haine du premier président, qui n'y a jamais guère été aimé : si c'est à tort ou à droit, je m'en remets. M. de Bordeaux, qui est en vie, sait bien l'avis qu'on me vint donner, me promenant dans son jardin.

Or je fus prié de toute la cour de parlement et de toute la noblesse, ensemble de toute la ville, d'accepter la charge que le roi m'avait donnée, ce que je ne voulais jamais faire ; et avais fait la dépêche au roi et à la reine pour remercier Leurs Majestés, car je me mettais toujours devant les yeux qu'il m'en adviendrait ce qui m'en est advenu, et que ce gouvernement ne m'amènerait qu'envie et haines. Je n'ai jamais présagé chose de moi qui ne soit advenue. Que l'on demande à M. le président Lagebaston, qui me fit la harangue dans le palais pour me faire prendre cette charge, la réponse que je lui en fis, et aussi en particulier; il y a encore d'autres présidents et conseillers, qui sont en vie, qui entendaient les raisons miennes : je m'assure qu'il leur souviendra si la prédiction que je faisais de moi ne m'est advenue. Toujours est-il lors je ne l'acceptai point, ni de deux jours après, non pas que le roi ne me fît trop d'honneur, et j que

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