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RÉVÉLATIONS

missaires Compain et Girard, qui demeurèrent assez de temps sans paraître en lieu du monde. Je sollicitais M. de Burie de venir promptement, et que puisque les commissaires ne venaient, nous prendrions les conseillers d'Agen : ceci allait toujours tardant, et j'entendais de jour à autre que les huguenots continuaient leur damriables conspirations. Il y avait pour lors un lieutenant au siège de Condom, nommé du Franc, fort homme de bien et bon serviteur du roi, qui s'était failli une fois laisser aller à vouloir prendre cette religion nouvelle : il n'était pas fils de bonne mère qui n'en vouait goûter. Il fut appelé en un conseil là où il y avait de grands personnages; et il entendit une proposition fort malheureuse et détestable : et comme il entendit ceci, il n'osa dire, quand ce vint à opiner, sinon comme les autres, craignant que, s'il disait le contraire, on le fît mourir, pour crainte qu'il décelât le conseil, et fut contraint de passer outre comme les autres. Or je ne décrirai point où le conseil fut tenu, ni ne veux nommer les personnes, car le conseil et la proposition n'en vaut rien, et il y en a depuis qui se sont faits gens de bien. Il m'envoya prier qu'il me parlât secrètement entre le Sampoy et Gondom, et m'assigna l'heure ; je ne menai avec moi qu'un laquais, et lui un autre, car ainsi l'avions arrêté, et nous trouvâmes au-dessus de la maison de M. de Saincthorent, dans un pré, où il me dit tous les propos qui avaient été tenus au conseil et la conclusion 15 m — 2

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qui en avait été faite. Que comme je veux que Dieu m'aide, le poil me dressait en la tête d'ouïr tels langages. Il me fit une remontrance d'homme de bien, me disant qu'il se présentait une occasion pour m'honorer et tout ce qui descendrait de moi à jamais ; c'est de prendre les armes de cœur hardi et magnanime, et exposer ma vie à tous périls pour soutenir ces pauvres enfants, qui étaient fils d'un si bon roi 4, et qui étaient encore en tel âge pour se défendre comme s'ils étaient dans les berceaux, et que Dieu m'assisterait, voyant que je défendais les innocents. Et me fit ce bon homme de si grandes remontrances, que, comme je veux que Dieu me sauve, les larmes me venaient aux yeux : et me pria de ne le déceler point ; car si je le faisais il était mort ; et me dit que, pour ce qui regardait ma personne, ils avaient tenu un conseil délibéré de me surprendre en quelque lieu, et, s'ils pouvaient venir au-dessus de moi, faire pis qu'ils n'avaient fait de M. de Fumel. Rien n'était celé à ce dit lieutenant, parce qu'ils pensaient le tenir pour assuré de leur côté, faisant bonne mine ; mais après il leur montra le contraire, car il exposa plusieurs fois sa vie dans la ville de Gondom, les armes à la main, pour défendre l'autorité du roi. Et, quoiqu'il soit, il est mort de poison ou d'autre chose pour cela. Je pensais qu'il ne se fût jamais découvert qu'à moi, mais je trouvai qu'il en avait dit autant à

1. Les fils de Henri II, Charles IX, le duc d'Anjou, depuis Henri III, et le duc d'Alençon.

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