‹ CommentairesChapitre 8 sur 126 · MONTLUC VEUT ÊTRE CRUEL · texte numérisé non relu

MONTLUC VEUT ÊTRE CRUEL

M. de Gondrin, qui lui était fort ami, et à M. de Maillac, receveur de Guyenne, car tous deux étaient comme frères. Je ne le dis jamais qu'à la reine à Toulouse, contre la cheminée de sa chambre, de quoi Sa Majesté s'émerveilla fort; aussi c'était des entreprises endiablées, et des plus grands y étaient mêlés.

Ayant entendu toutes ces méchantes conspirations, je m'en retournai à ma maison au Sampoy, et là je me résolus de mettre en arrière toute peur et toute crainte, délibéré de leur vendre bien ma peau ; car je savais bien que si je tombais entre leurs mains, et à leur discrétion , la plus grande pièce de mon corps n'eût pas été plus grande qu'un des doigts de ma main. Et je me délibérai d'user de toutes les cruautés que je pourrais, et spécialement sur ceux-là qui parlaient contre la majesté royale; car je voyais bien que la douceur ne gagnerait pas ces méchants cœurs. M. de Burie partit de Bordeaux, et me manda le jour qu'il se rendrait à Glairac, afin que nous regardassions où est-ce que nous devions le plus tôt aller commencer ; il m'envoya des lettres que les commissaires lui avaient écrites, là où ils nous assignaient à Cahors, pour là commencer contre les catholiques. Je lui écrivis qu'il regardât bien la patente, et que là il trouverait que la reine nous commandait d'aller commencer à Furnel. Les lettres étaient bien si audacieuses, que par icelles ils faisaient connaître qu'ils étaient les principaux commissaires, et que nous n'avions autorité au-

cune, sinon de leur tenir main forte à l'exécution de leurs ordonnances.

Or il y avait un village, à deux lieues d'Estillac, qui se nomme Saint-Mézard, dont la plus grande partie est au sieur Rouillac, gentilhomme de huit ou dix mille livres de rente : quatre ou cinq jours avant que j'y allasse, les huguenots de sa terre s'étaient élevés contre lui, parce qu'il les voulait empêcher de forcer l'église et prendre les calices; et le tinrent assiégé vingt-quatre heures dans sa maison ; et, sans un sien frère, nommé M. de Saint-Aignan, et des gentilshommes voisins, qui l'allèrent secourir, ils lui eussent coupé la gorge ; et autant en avaient fait ceux d'Astafort aux sieurs de Cuq et de La Monjoie; et déjà commençait la guerre découverte contre la noblesse. Je fis venir secrètement deux bourreaux, lesquels on appela depuis mes laquais, parce qu'ils étaient souvent après moi, et mandai à M. de Fontenilles, mon beau-fils, qui portait mon guidon et était à Beaumont de Lomaigne avec toute ma compagnie, étant là en garnison, qu'il partît le jeudi à l'entrée de la nuit, et qu'à la pointe du jour il fût audit Saint- Mézard, et qu'il prît ceux-là que je lui nommais par écrit, dont il y en avait un qui était le principal, qui était neveu de l'avocat du roi et de la reine de Navarre à Lectoure, nommé Verdery. Or ledit avocat était celui qui entretenait toute la sédition, et m'avait-on mandé secrètement qu'il s'en venait le jeudi même à Saint Mézard, car il y a du bien.

Page 1