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CHAPITRE I

Entretiens de Montluc avec Catherine de Médicis. — Deuxième guerre de religion. — Montluc à Lectoure. — Il envoie de Limoges un renfort au roi.

[1564] La France jouit cinq ans de ce repos avec les deux religions ; toutefois je me doutais toujours qu'il y avait quelque anguille sous roche , mais pour la Guyenne je ne craignais pas beaucoup. J'avais toujours l'œil au guet, donnant avisa la reine de ce que j'entendais, avec toute la fidélité dont je me pouvais aviser.

[1565] Pendant ce temps, le roi visita son royaume. Étant arrivé à Toulouse, je fus baiser les mains à Sa Majesté, laquelle me fit plus honorable accueil que je ne méritais. Les huguenots ne faillirent à faire leurs pratiques et menées, et me faisaient faux-feu sous main, car à découvert ils n'osaient le faire; mais je ne m'en donnais pas

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grand'peine. La reine me fît cet honneur de me dire tout ce qui se passait, et me montra la confiance qu'elle avait en moi ; et je connus bien alors qu'elle n'aimait pas les huguenots. Un jour, étant en sa chambre avec MM. les cardinaux de Bourbon et de Guise, elle me raconta ses fortunes, et la peine où elle s'était trouvée, et entre autres choses me dit que le soir que la nouvelle lui vint que la bataille de Dreux était perdue (car quelque hardie lance lui donna cette alarme, n'ayant pas eu loisir d'attendre ce que M. de Guise ferait après que M. le connétable fut défait et pris), elle fut toute la nuit en conseil, où étaient mesdits seigneurs les cardinaux, pour aviser quel parti elle prendrait pour sauver le roi : enfin sa résolution fut que si le matin la nouvelle se fût trouvée véritable, elle tâcherait de se retirer en Guyenne, encore que le chemin fût bien long, où elle se tenait plus assurée qu'en tout autre pays de la France. Je prie Dieu qu'il ne m'aide jamais si les larmes ne m'en vinrent aux yeux, lui entendant raconter sa désolation ; et lui dis ces mêmes mots : « Hé ! mon Dieu, madame, vous êtes-vous trouvée en telle nécessité? » Elle me l'assura, et jura sur son âme, comme firent aussi MM. les cardinaux. Il faut dire la vérité, que si cette bataille eût été perdue, Sa Majesté eût bien eu à souffrir, et je crois que c'était fait de la France, car l'État eût changé et la religion : car à un jeune roi on fait faire ce qu'on veut.

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