‹ CommentairesChapitre 71 sur 126 · LA COUR EN GUYENNE · texte numérisé non relu

LA COUR EN GUYENNE

Or Leurs Majestés ayant traversé la Guyenne, trouvèrent les choses en meilleur état qu'on ne leur avait dit : car les huguenots, mes bons amis, avaient fait courir le bruit que tout était perdu ; mais ils trouvèrent qu'elle était en meilleur état que le Languedoc. Leurs Majestés séjournèrent à Mont-de-Marsan quelque temps, attendant que la reine d'Espagne vînt àBayonne. Je veux écrire ici une chose que je découvris là, pour montrer que j'ai toujours tenu à la reine la promesse que je lui fis à Orléans après la mort du roi François, que je ne dépendrais jamais que du roi et d'elle, comme j'ai toujours fait; encore que je n'en aie pas rapporté grand fruit, cependant j'aime mieux que la faute soit venue d'ailleurs, que si j'avais manqué à ma promesse. Je sentis donc le vent qu'une ligue s'était dressée en la France , où il y avait de grands personnages, princes et autres, lesquels je n'ai affaire de nommer, bien engagés de promesse. Je ne sais au vrai à quelle fin cette ligue se faisait; toutefois un gentilhomme me les nomma presque tous, et je fus conseillé par ledit gentilhomme de m'y mettre, m'assurant que ce ne serait que pour bon effet ; mais il connut à mon visage que ce n'était pas viande de mon goût. J'en avertis secrètement la reine tout aussitôt, car je ne le. pouvais porter sur le cœur: elle le trouva bien étrange, et me dit que c'étaient les premières nouvelles, me commandant de m'enquérir encore mieux du tout : ce que je fis, et n'en trouvai rien davantage que ce que je

lui en avais dit, car ce gentilhomme se tint sur ses gardes.

Sa Majesté me demanda avis comme elle s'en devait gouverner: je lui dis et la conseillai qu'elle devait mettre en avant et moyenner que le roi exposât lui même qu'il avait entendu qu'une ligue se dressait en son royaume, et que cela ne pouvait être sans le mettre en crainte et soupçon; qu'il devait prier tous généralement de rompre cette ligue, et qu'il voulait faire une association en son royaume, de laquelle il serait le chef. Elle fut ainsi appelée quelque temps, mais après on changea de nom, et on l'appela la confédération du roi. La reine, pour lors que je lui donnai ce conseil, ne le trouva pas bon, et me dit que si le roi en faisait une, il serait à craindre que les autres en fissent une autre; mais je lui répliquai qu'il fallait que le roi y obligeât ceux qui en pourraient faire le contraire, et que c'était chose qui ne se pourrait celer, et à laquelle on pourrait pourvoir. Deux jours après, Sa Majesté soupant, elle m'appela, et me dit qu'elle avait mieux pensé en l'affaire que je lui avais parlé, et qu'elle trouvait que mon conseil était fort bon, et me dit que le lendemain, sans plus tarder, elle voulait faire proposer au roi cet affaire, comme elle fit, et m'envoya quérir à mon logis pour m'y trouver, mais je n'y étais point. Le soir elle me demanda pourquoi je n'y étais venu, et me commanda de m'y trouver le lendemain, parce qu'au conseil y avait eu plusieurs grandes difficul-

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