‹ CommentairesChapitre 73 sur 126 · CONFÉDÉRATION DU ROI · texte numérisé non relu

CONFÉDÉRATION DU ROI

fédération, tant dehors que dedans le royaume, et que tous seraient de celle du roi, et feraient le serment, à peine d'être déclarés rebelles à la couronne; et il y a encore d'autres obligations, desquelles il ne me ressouvient. Il y eut plusieurs difficultés pour coucher les articles: les uns disaient qu'ils devaient être couchés d'une sorte, et les autres d'une autre ; car à ces conseils, aussi bien qu'aux nôtres, il y a du blanc et du noir, et de l'opiniâtreté, et de la dissimulation; et tel peut-être faisait bonne mine, qui était emprunté ailleurs: ainsi va le monde. 0 que c'est une chose misérable quand un royaume tombe en la jeunesse d'un roil s'il eût eu lors la connaissance qu'il a eue depuis, je crois qu'il eût bien fait parler des gens bon français. Enfin tout fut passé et accordé, et commencèrent les princes à faire le serment et signer, puis les seigneurs; et, encore que je ne sois qu'un pauvre gentilhomme, le roi voulut que j'y signasse, pour la charge que je tenais de lui; et fut envoyé à M. le connétable qui était 4 Bayonne, lequel y signa. D'autre part, ils dépêchèrent vers M. le prince de Gondé, M. l'amiral, M. d'Andelot, et autres seigneurs et gouverneurs de la France ; et les messagers de retour, le roi en fit faire un instrument, comme l'on me dit, lequel fut mis dans ses coffres; je crois bien qu'il n'est pas perdu, et qu'on y peut voir des gens en blanc et en noir qui ont été parjures à bon escient. Or je ne sais qui fut cause de commencer la guerre à la Saint-Michel, car celui

182 COMMENTAIRES DE MONTLUG

qui la commença a contrevenu à son serment, et justement, si le roi le voulait, le ferait déclarer tel, car lui-même s'y est obligé par son seing; on ne lui ferait pas de tort, puisqu'il s'y est soumis. Et, bien que cela ne consiste pas en combats, encore pensé-je avoir fait un grand service au roi et à la reine, de leur avoir découvert cette menée, car peut-être que les affaires fussent allées encore pis qu'elles n'ont fait.

Or le roi prit son chemin, au retour de Bayonne, versSaintonge et La Rochelle, où je l'accompagnai, et là me commanda de m'en retourner, et faire bien observer lesédits de paix: ce que j'ai toujours fait. Il ne faut point qu'on dise que la guerre ait jamais commencé par mon gouvernement: aussi n'y eussent-ils jamais rien gagné, et ne m'eussent pu prendre au dépourvu ; mais leur dessein était en tête. La reine, qui est en vie, se souviendra qu'estce que je lui dis sur le fait de La Rochelle: car si cette plume eût été enlevée aux huguenots, et assurée, comme je lui dis qu'elle devait faire, la France n'eût vu tant de malheurs: mais elle craignait tant de mettre les choses en trouble, qu'elle n'osait rien remuer; et si bien qu'un soir elle m'entretint plus de deux heures, ne. me parlant que des choses qui s'étaient pass-é du vivant du roi son mari, mon bon maître; et toutefois un, qui n'était pas des plus petit, alla dire que je dressais quelque chose au préjudice de la paix : plût à Dieu qu'elle m'eût cru, La Rochelle n'eut jamais osé gronder* Or,

Page 1