SYMPTÔMES DE TROUBLES
comme le roi commença à sortir de Bretagne pour prendre son chemin àBlois, j'eus avertissement de Rouergue, Quercy, Périgord, Bordelais et Agenois, comment les huguenots s'acheminaient avec grands chevaux en petites troupes, et portaient des coffres, et disait-on que leurs armes et pistolets étaient dedans. J'en avertis trois ou quatre fois la reine, mais elle n'y voulut jamais ajouter foi. A la fin je lui envoyai Martineau, contrôleur à présent des guerres, lequel ne fut guère bien venu d'apporter telles nouvelles. Et trois jours après son arrivée, y arriva Boëry, un mien secrétaire, qui apporta de ma part nouvelles à la reine que tous marchaient à la découverte le jour et la nuit; je crois qu'ils n'en eussent rien cru, n'eût été qu'en même temps que Boëry arriva. Sa Majesté en fut avertie de tous les autres gouvernements de la France ; ce qui fut cause que le roi prit son chemin bien hâtivement droit à xMoulins.
[1566] Je ne sais à quelle fin cela tendait, ni pourquoi on s'en allait ainsi en troupes : ils le devaient savoir. Cela n'était pas signe de vouloir rien faire de bon, car sans le sceau du roi ou de son lieutenant on ne doit entreprendre telles choses ; et si je n'eusse eu peur d'être accusé d'avoir rompu la paix, je les eusse bien tous resserrés en leurs maisons, carie ne dormais pas. Je m'en allai, bien accompagné de noblesse et de ma compagnie, en Rouergue, Quercy et au long de la lisière de Périgord, voir si personne s'élèverait à découvert, et
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mandai au roi que s'il voulait qu'à leur retour je parlasse à eux, j'espérais de lui en rendre bon compte. Le roi me manda qu'il ne le voulait point, mais que je les laissasse retourner chacun en leur maison. Là je connus que le serment du Mont-de- Marsan ne durerait guère. Ceci ai-je voulu écrire, afin de faire connaître combien j'ai toujours été vigilant en ma charge, puisque j'étais le plus loin du roi, et le premier à lui donner avertissement. A présent je veux commencer la guerre de la Saint- Michel, qui sont les seconds troubles.
[1567] Encore que l'on ait dit, et je le sais bien aussi, que les huguenots me veulent mal, toutefois je n'étais pas si peu soigneux de ma charge que je n'eusse acquis des amis en leur troupe, et tels qui étaient du consistoire. Ce n'était pas comme aux premiers troubles ; nos cartes étaient si mêlées qu'il n'était possible de plus, et ces gens n'étaient plus si échauffés en leur religion comme ils faisaient. Plusieurs, ou de crainte ou de bonne volonté, venaient à nous, de sorte que nous commencions à être compagnons ; la crainte aussi qu'ils avaient de moi m'en rendait quelqu'un ami, au moins il en faisait la mine. Environ deux mois et demi devant la Saint-Michel, j'eus avertissement d'un gentilhomme et d'un autre riche homme, ne sachant nouvelles l'un de l'autre, que M. le prince de Condé et M. l'amiral leur avaient mandé à tous de se tenir prêts armés et montés, ceux qui en avaient le pouvoir, et que ceux qui ne l'avaient s'armassent