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AVERTISSEMENTS INUTILES

d'armes selon leur moyen, et que Ton fît grandes provisions de blés et d'autres munitions de vivres à Montauban. Je jugeai que cet avis avait grande apparence, car ils ne laissaient cheval à acheter; et y en avait qui envoyaient sur les passages d'Espagne, et rien ne leur était cher, vieux ni jeune. Je dépêchai le sieur de Lussan en poste vers la reine, lui donnant avis du tout ; mais Sa Majesté n'en crut rien, et me manda que je n'ajoutasse foi aux avertissements que Ton me donnait, et que je fisse seulement garder les édits. Cependant de jour à autre j'étais averti que leur trame continuait, et que Ton avait fait une assemblée secrète à Montauban, et une autre à Toulouse à la maison de d'Acezat. Je mandai encore à la reine tout ce que j'entendais, mais Sa Majesté n'y voulut jamais ajouter foi, et ce fut par trois ou quatre hommes l'un après l'autre. A la fin elle se fâcha tant de mes avertissements, qu'elle dit à Araigues, syndic de Gondomois, que je ne lui donnasse plus d'avis, car elle savait bien tout le contraire de ce que je lui mandais, et qu'il semblait que j'eusse peur ; il me fut mandé par d'autres que l'on se moquait de moi au conseil, et qu'on m'appelait corneguerre. Ils pouvaient dire pis, puisque je n'en entendais rien ; si j'eusse été à une pique d'eux, j'en eusse peutêtre fait taire quelqu'un qui parlait bien haut. J'excepte ce que je dois; mais ces messieurs les courtisans, qui ne manièrent jamais autre fer que leurs horloges et montres, parlent comme bon leur

semble; ils font les demi-dieux, et font les empressés, comme si rien n'était bien fait s'il ne passait par leur tête. Je m'étonnais fort comment la reine, qui avait si bon entendement, se ressouvenant de ce qu'elle m'avait dit, me traitait ainsi. 11 n'y avait ordre, car j'étais si éloigné que je ne pouvais répliquer.

Environ quinze ou vingt jours avant la Saint- Michel, je m'en allai à la maison d'un gentilhomme mien ami, et là se rendit un de ceux qui m'avertissaient, lequel me dit qu'il n'y avait que deux jours qu'un gentilhomme de M. l'amiral [de Coligny] était passé à Montauban, et s'en allait en poste d'église en église, pour les avertir de se tenir prêts à partir à l'heure qu'un autre gentilhomme dudit sieur amiral ou bien de M. le prince de Condé arriverait, ce qui serait dans quinze ou vingt jours au plus tard. Je priai celui-là que, s'il était dans Montauban à l'heure que ce gentilhomme arriverait, qu'il fît sauver tous les catholiques qui étaient dedans. Et ainsi je m'en allai, et m'en vins à Cassaigne, où je trouvai une lettre d'un gentilhomme qui pour lors se tenait à Toulouse, me donnant pareil avertissement; et parce que la lettre n'était pas signée, je ne la voulus envoyer à la reine, craignant qu'elle n'y ajoutât point foi. Le lendemain arriva audit Cassaigne le baron de Gondrin, lequel à présent nous appelons M. de Montespan, qui s'en allait en poste à la cour, pour obtenir de Sa Majesté quelques lettres pour un procès que son père

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