NOUVEAUX AVIS
et lui avaient au parlement de Toulouse J'ajoutai foi à ceux qui m'avertissaient , et cela me servit bien, parce que, de trois qu'ils étaient, deux avaient affaire à moi pour des biens qu'ils plaidaient ; je connaissais bien à leur complexion qu'ils n'étaient pas si dévotieux en leur religion5 qu'ils ne fussent plus affectionnés à gagner leur bien qu'ils plaidaient, et quitter ministres et tout (je crois que cette religion n'est qu'une piperie) ; et sans moi ils ne pouvaient pas y faire ce qu'ils voulaient; et je les aidais de ce que je pouvais, pour être par eux averti, car j'avais crédit et étais aimé aux parlements de Bordeaux et de Toulouse, et de tous les officiers du roi. Ils avaient raison, et moi de leur rendre la pareille, car je les ai toujours connus fort affectionnés au service du roi. Je dis au baron de Gondrin qu'il me recommandât très-humblement à la bonne grâce de la reine, et qu'elle eût souvenance qu'elle n'avait jamais voulu ajouter foi aux avertissements que je lui donnais, et qu'elle en pleurerait de ses yeux pour ne m'avoircru; que Sa Majesté m'avait mandé qu'il semblait que j'eusse peur, et qu'au conseil du roi on disait que j'étais un corneguerre ; que je la suppliais très-humblement de croire que je n'avais point peur pour moi, car, Dieu merci, j'étais né sans peur, et ne savais ce que c'est d'autre peur que celle qu'un homme de bien doit avoir; mais que j'avais peur pour le roi et pour elle , car ils n'y allait pas moins que de la mort ou de la prison, et qu'elle se gardât pour
quelques jours, et empêchât que le roi n'allât pas si souvent à la chasse ni à rassemblée comme il faisait, surtout tant qu'il désirerait conserver sa vie et son État. Le baron de Gondrin s'en acquitta, et me dit que Sa Majesté lui avait répondu qu'elle ne voulait plus écouter nul avertissement que je lui donnasse, et qu'elle savait mieux la volonté des huguenots que moi, et leurs forces jusqu'où elles se pouvaient étendre, et qu'ils ne demandaient que la paix. Ces gens faisaient leurs pratiques de loin, et elle était à mon avis charmée par je ne sais quelles gens. Ledit sieur de Montespan fit si grande diligence, qu'il fut de retour dans dix ou douze jours avant la Saint-Michel, et me dit ce que la reine lui avait répondu. Il n'est pas possible que Sa Majesté ne fût, comme j'ai dit, pipée et abreuvée de quelques gens qu'elle avait auprès d'elle, qui procédaient par malice ou bien par ignorance; mais c'est grand cas, car par deçà les pages et les laquais savaient les appareils que les huguenots faisaient pour s'élever. Et avant que ledit sieur baron de Gondrin arrivât, je fus averti que, huit jours avant la Saint- Michel, ou huit jours après, le gentilhomme de M. l'amiral devait arriver. Sur les réponses que me faisait la reine, je faillis faire une grande erreur d'ôter tout soupçon, et penser qu'elle était mieux avertie que moi, et qu'il ne me fallait ajouter foi à ceux qui me donnaient ces avis. Sur cela je fis une entreprise avec le feu évêque de Condom, les sieurs de Saincthorent et de Tilladet frères, pour aller aux