MESURES DE SÛRETÉ
tissements du brevet et du malheureux songe que j'avais fait, et commençai les larmes aux yeux de déclarer le tout à MM. le sénéchal de Bazadais et de Saincthorent, et à toute la noblesse qui était là ; lesquels tous commencèrent à crier que nous devions monter à cheval et courir après le sénéchal, ce que je ne voulus faire, pour les raisons susdites ; et leur remontrai que quand même il serait pris, sa prise ne guérirait pas le mal, et que le malheur était assez découvert aux paroles qu'il avait dites à M. de La Cassaigne, ce que cet autre lui avait confirmé. Et incontinent j'envoyai à tous les gentilshommes les prier d'avertir toute la noblesse et leurs voisins, bien joyeux pourtant de leur avoir ôté une si belle plume de l'aile.
J'envoyai promptement en poste à Toulouse avertir la cour et les capitouls qu'il fallait prendre les armes, et y mettre le vert et le sec, ou pour secourir notre roi s'il était en vie, ou pour venger sa mort. Je fis mettre quelques vivres incontinent dans le château, et laissai les quatorze arquebusiers à M. de La Cassaigne, mandant aux soldats de Fleurance et de Pancillac qu'ils se vinssent jeter dans la ville, et qu'ils obéissent à M. de La Cassaigne. Faisant ces dépêches, arrivaM.de La Chapelle, vicesénéchal, et M. de Romegas, qui s'est fait tant remarquer contre les Turcs à Malte, lesquels avaient demeuré toute la nuit à cheval, parce qu'un huguenot à qui M. de La Chapelle avait sauvé la vie, les vint avertir à la minuit qu'ils marchaient droit à
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Lectoure,etque le sénéchal les mettrait dedans par la fausse porte. Ils montèrent incontinent à cheval car ils sont voisins, et se jetèrent dans un petit bois, et découvrirent ces gens qui s'en allaient en effroi ; ils n'osaient partir du bois, car ils n'étaient que sept ou huit chevaux. Et comme il fut jour, ils prirent leur chemin vers Lectoure, encore qu'ils pensassent qu'elle fût prise. Et comme ils furent auprès de la ville, eurent avertissement que j'étais dedans; ils me dirent le désordre qu'ils avaient vu delà troupe deSainte-Roze, et alors nous connûmes qu'ils étaient en deux troupes. M. de La Chapelle commença à informer de son côté ; la cour de parlement y envoya en diligence pour informer du sien. Le procès en est tout fait, et cent témoins ou plus d'entendus, la plupart desquels sont de la nouvelle religion, et qui étaient en ces troupes : tous ont déposé d'une même sorte de la conspiration faite contre le roi et son État.
Or par la procédure les témoins ont déposé de l'entreprise, que cette nuit-là, qui était la nuit de la Saint-Michel , le sénéchal devait mettre ces deux troupes de gens de pied dans la ville par la fausse porte de la fausse braie, et puis dans le château parla fausse porte d'icelui. Les consuls de la ville tenaient une clef de cette porte, et le sénéchal une autre, et comme il s'en fut allé, l'entreprise ayant été découverte, visitèrent les deux serrures, et trouvèrent que celle des consuls était levée, et remise en son lieu avec des clous sans être rivés. Tout cela est