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NOUVELLES DU ROI

passa à cette belle journée de Meaux, la suppliant de lui donner la charge des quinze enseignes, ce qu'il fit de fort bonne volonté.

Le neuvième jour après la Saint-Michel, comme je me promenais sur le gravier d'Agen, regardant arriver gens de pied et de cheval de toutes parts, lesquels je faisais loger deçà et delà la rivière de Garonne, arriva à moi le capitaine Burée, qui avait demeuré huit jours à venir, car il avait failli quatre ou cinq fois d'être pris, ayant fait la plupart du chemin à pied, et ne s'osant montrer aux postes, car la plupart étaient huguenots. Il m'apporta une lettre du roi, et une autre de la reine, par lesquelles Leurs Majestés me discouraient leurs fortunes, et comme Ton les avait failli de prendre, et m'admonestait Sa Majesté de lui conserver encore une autre fois la Guyenne, comme j'avais fait aux premiers troubles. Par ces lettres Sa Majesté ne me mandait point que je lui envoyasse secours, craignant que j'aurais assez à faire à conserver le pays avec les gens qui y étaient. Ledit capitaine Burée ne demeura que deux heures avec moi; je l'en fis retourner en extrême diligence (car ainsi en fautil faire, et l'ai toujours fait), pour assurer Leurs Majestés du secours que j'envoyais en France, et que j'espérais garder la Guyenne avec les gentilshommes casaniers seulement et avec le peuple. Mais je ne faillis d'écrire à la reine qu'elle ne fût plus si incrédule ni sourde à mes avertissements, et que si elle eût voulu commencer la fête et ga-

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gner le devant, qu'elle eût mis le jeu bien loin à ses ennemis. Incontinent je dépêchai messagers nouveaux à Toulouse et à Bordeaux, et à tous les sieurs du pays, et leur envoyai copie des lettres du roi et de la reine, les suppliant tous de marcher en diligence pour secourir le roi qu'on tenait assiégé dans Paris. Je puis assurer une chose véritable, que jamais en ma vie je n'avais vu ni lu en livre une si grande diligence que tout le monde faisait pour cet effet, tant les gens de pied que de cheval. Il n'y a point au monde un si bon peuple ni noblesse qui aime plus son roi, si cette nouvelle religion ne l'eût corrompu, car certes elle a tout gâté: je ne sais pas qui le raccommodera. Je fus dans Limoges en vingt-neuf jours, comptant du trentième de septembre que j'écrivais les lettres, avec mille ou douze cents chevaux et trente enseignes de gens de pied, auxquels je fis faire la solde, et aux gens d'armes quelque prêt, ayant pour cet effet amené avec moi le sieur de Gourgues, général des finances, car je n'avais pas accoutumé toucher aux deniers du roi. Étant à Limoges, j'assemblai tous les seigneurs et capitaines de gens d'armes en ma chambre, et là je leur parlai en cette sorte :

« Messieurs mes compagnons , de toutes les bonnes fortunes que j'ai eues depuis que je suis en ce monde, et en ai-je eu autant que capitaine de France, ni de tous les services que j'ai faits à la couronne, qui ne sont pas si petits, comme vousmême savez, car y avez-vous eu tous bonne part

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