HARANGUE AUX GENTILSHOMMES DE LIMOGES
et y avez employé vos vies et vos biens, je n'en aj jamais eu qui m'ait donné tant de contentement que celui-ci. Vous en devez faire de même et sentir pareille aise dans votre cœur que je fais au mien; car quel plus grand bien vous peut être envoyé de Dieu, que de vous voir en si belle troupe en si peu de temps à cheval pour aller au secours de votre prince et de votre roi, pour la défense duquel Dieu vous a donné la vie et à moi aussi? pour le secours, dis-je, de sa personne, car, comme vous savez, le masque est ôté : il n'est plus question de messe ou prêche, c'est à sa personne que cela s'adresse ; ceux qui ont fait la méchante entreprise de Meaux, comme vous savez, Font faite contre lui. Quel bonheur vous est-ce de voir que Dieu vous a réservés pour venger une telle injure, et assister votre roi et prince naturel en une telle nécessité ! 0 mes compagnons, que vous vous devez estimer heureux ! que vous devez être contents l Quelle joie pensezvous que ce sera au roi, de voir une telle noblesse, du dernier bout de son royaume, en si peu de temps et en tel équipage le venir secourir ! jamais il n'oubliera un tel service, et le reconnaîtra à vous et aux vôtres.
« Croyez, messieurs, que si j'ai de la joie de voir que j'ai part en ce service, que j'ai bien de l'ennui que je ne peux avoir part au bon du fait, que je ne vous puis servir de conducteur, et aller tous ensemble offrir nos vies à Sa Majesté. Je veux que Dieu ne m'aide jamais si je ne le désire
plus que je ne fis jamais chose en ce monde ; mais vous voyez que c'est chose qui ne se peut faire sans mettre en hasard tout le pays, lequel j'espère conserver, en dépit de toutes les pratiques des ennemis, avec les forces qui me restent. Il ne reste donc, messieurs, si ce n'est que vous fassiez la diligence requise. Souvenez-vous de ce que vous m'avez vu faire et dire, que c'est la meilleure pièce qu'un capitaine saurait avoir. Vous ne savez pas les affaires du roi, ni s'il est pressé de secours; aussi ne séjournez pas, je vous prie. Je sais bien qu'il y en a parmi vous plusieurs dignes, non pas de mener une troupe, mais de conduire une armée ; par ainsi je vous supplie trouver bonne l'élection que je fais pour conduire celle-ci, de la personne de M. de Terride, lequel M. de Gondrin assistera. Il est le plus ancien et expérimenté ; je m'assure qu'il s'en acquittera dignement ; aussi assurez-vous qu'en votre absence il me ressouviendra de conserver vos maisons, et faites-moi ce plaisir de vous ressouvenir de moi. Et si vous vous trouvez à même, faites paraître que vous êtes gentilshommes et Gascons, et qu'il n'y a nation pour les armes pareille à la nôtre. J'ai pratiqué toutes celles du monde, mais je n'en ai point vu de pareille, et en tous les faits d'armes petits et grands que j'ai vu faire, toujours les Gascons y ont eu la meilleure part. Conservez, je vous supplie, cette réputation. Jamais pareille commodité ne s'offrira pour faire paraître ce que vous savez faire